Lizzie – quatrième époque

L’affaire des photographies nécessite le concours de Lizzie, qui part en mission au début du xxie siècle avec le cadet Charlus. Direction : une librairie où l’album original se trouverait. Entre les rangées de livres, les protagonistes font cependant de déconcertantes découvertes…

Lizzie !
Lizzie !

Extrait :

— Non, je suis bien avec toi et j’ai prévenu Joseph. Mais je m’inquiète, c’est tout ! », répliqua Chantal avec un sourire timide.
Les deux femmes étaient étendues, face à face, chaleur contre chaleur. Les regards s’embuèrent subitement quand leurs lèvres se joignirent. Leur baiser fut long et passionné, mais Lizzie était absorbée par d’autres pensées. Les amours saphiques n’avaient pas sa préférence, même si elle avait enjôlé la libraire sans vraiment savoir pourquoi. Une soirée sans doute trop arrosée, alors que la sous-colonelle Lizzie Stromb désirait comprendre pourquoi une Parisienne d’une vingtaine d’années de plus qu’elle vivant en ces temps reculés lui ressemblait comme deux gouttes d’eau. Elle la questionna à propos de sa famille, ses enfants, mais les réponses étaient toutes négatives. Chantal n’avait que Joseph Pellegrini dans son entourage proche et peu de souvenirs. Elle s’était faite très discrète au sujet de son passé comme si elle tentait de dissimuler une blessure trop cruelle pour être dévoilée à une inconnue devant un verre de Châteauneuf-du-Pape capiteux qui montait très vite à la tête. La conversation dévia rapidement, les jambes s’entrelacèrent et les mains s’aventurèrent dans les ombres et les creux de chairs musquées. Lizzie, peu habituée à la rudesse des vins de cette époque — le xxxiie siècle ne tolérait pas de boissons titrées à plus de quatre degrés d’alcool —, oublia son peu d’appétit pour les filles et se jeta sous la table. La nappe masquait la scène. Elle ouvrit les cuisses de Chantal trop grisée pour refuser l’hommage.
Elles quittèrent l’établissement enlacées étroitement sous les regards effarés des consommateurs enivrés.
Lizzie continua sa dégustation sur la banquette arrière de la voiture de Chantal. Nonobstant la position inconfortable, celle-ci apprécia à sa juste mesure les attouchements sensuels que lui prodiguait sa cadette. Elle enserrait le cou de celle-ci entre ses jambes dépliées, puis poussait du talon la passionnée qui œuvrait des doigts entre ses lèvres brûlantes. Langue et phalanges prenaient part au festin et se régalaient des flux qui coulaient en flots ininterrompus de la fente évasée ou plongeaient plus avant entre les nymphes. La libraire, au comble de la félicité, retenait ses cris, mais la montée violente du plaisir eut raison du vernis de réserve. Il craquela tandis que des piques suaves aiguillonnaient chaque parcelle de son corps. Elle sentit une chaleur intense partir de son bas-ventre et le rugissement qu’elle émit malgré sa pondération habituelle résonna longtemps dans l’habitacle étroit. Quelques passants, surpris, sursautèrent légèrement en passant près du véhicule ; par bonheur, les vitres opacifiées par de la buée cachaient au monde l’étreinte et la moralité fut sauve.
La joute continua dans une chambre d’hôtel, terrain neutre, car Chantal refusa l’accès de son appartement à son amante, arguant que Joseph ne comprendrait pas. Le prénom, mentalement traduit par Lizzie en italien, la fit tressaillir. Elle ressentit instantanément des rais de désir qui vrillèrent son bassin. Elle profita de la bouche de l’aînée sans arrêter d’imaginer la queue magistrale du comte Pellegrini, celui qu’elle avait rencontré au xviiie siècle. C’était le même homme, il n’y avait aucun doute. Par quel miracle ?

le Sosie de Lizzie, sexploratrice du temps, est disponible chez tous les libraires numériques, et notamment ici :

Éditions Dominique Leroy

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Les libraires

L’œuvre au noir (Lizzie et la pierre philosophale – extrait)

Lizzie et la pierre philosophaleÀ la hâte fut préparée une chambre à l’usage de la compagne de voyage de Giuseppe. Celle-ci profita du fait que les deux hommes conversaient à propos de tout et de rien — lui semblait-il — pour se rafraîchir et se reposer un peu. Lizzie avait dans le crâne des projets bien arrêtés concernant le comte Pellegrini et son énorme « engin ». La légende disait vrai, l’alchimiste était doté par la nature d’un phallus aux dimensions très peu courantes ; la jeune femme répétait pour elle-même « très » en roulant des r comme si cela accentuait encore les proportions du sexe.
Elle entendit les pas de Giuseppe résonner dans le long couloir qui desservait les pièces de l’étage. Machinalement, elle se recoiffa, remonta son bustier et passa la tête dans l’entrebâillement de la porte pour être sûre qu’elle ne se trompait pas de personne. Apercevoir la chevelure d’or et de cuivre dans l’ouverture fit sourire le visiteur.
« Vous êtes une belle âme incarnée, Lizzie, tels ces cristaux que l’on trouve dans les mines de la péninsule de Kassándra, en Grèce. Vous êtes un soleil, ma chère, la lumière qui brise l’épaisseur de l’obscurité et troue la nuit, un fanal mythologique émergé des eaux noires du Styx. »
Il éclata de rire. Puis il s’approcha d’elle et tendit la main.
« Venez, ne soyez pas timide ! Notre hôte ne peut pas nous entendre. Il sommeille dans une alcôve arrangée au-dessus de l’écurie. Le vicomte est âgé ; la chaleur des bêtes réchauffe tant bien que mal ses vieux os. »
Tandis qu’il la guidait dans sa propre chambre — à la grande joie de Lizzie — il continua :
« Vous ne pouvez pas éprouver la fortune de la jeunesse à sa juste mesure, mais comprenez bien que l’apparence n’est pas l’être ! Vous appréhenderez cela demain, quand nous irons visiter mon laboratoire. Pour l’instant… »
Giuseppe ne finit pas sa phrase. Il enlaça la jeune femme et chercha sa bouche dans un élan de tendresse qui la surprit. Elle goûta les lèvres, non sans penser que ce cérémonial ne devrait pas non plus s’éterniser. Le siècle d’où elle venait était pragmatique. Lizzie allait droit au but, et dans le cadre de cette rencontre précisément, seul le vit démesuré de Pellegrini l’intéressait. Elle savait aussi que l’époque était à un romantisme exacerbé. Le galant, quand il ne violait pas la paysanne, la courtisait longuement. Aucune de ces deux options ne lui plaisait ; la sous-colonelle Stromb se résolut à prendre l’initiative. Giuseppe la serrait fortement contre lui. Elle sentait le pieu d’acier contre le haut de son ventre et cela l’électrisa. Elle tenta de se dégager pour débraguetter le bandeur, mais il assura sa conquête ; il visitait avec passion la bouche de son amante d’une langue preste. Il la poussa fermement vers la couche et l’étendit sans stopper ses caresses. Lizzy n’avait d’autre choix que de laisser faire. « Et pourquoi pas, après tout », se disait-elle, « le tourisme, c’est aussi le respect des traditions autochtones », et cette manière surannée que le comte avait de « tourner autour du pot » ne la rebutait pas.
Giuseppe explora chaque millimètre de peau et effeuilla sa dame pétale par pétale. Les nombreuses parures volèrent dans la pièce, nuages de soies et de dentelles qui ondulaient dans l’heure suspendue. La magie du diable d’homme consistait à faire perdre à Lizzie toute notion du temps, ce qui était un comble pour un officier de la Section Chronoprospect voguant d’ère en ère. Celle-ci piaffait d’impatience. Elle mesurait à la chronicité des vibrations la connaissance parfaite de l’anatomie féminine ; l’alchimiste était maître dans l’art de la pâmoison de ses conquêtes. Elle sentait presque sa chevelure devenir auréole de flammes tant le regard fasciné du comte la brûlait au plus profond d’elle-même. Elle était maintenant intégralement nue, alors que lui voltigeait de ses seins à ses genoux dans des habits à peine désordonnés. Elle tenta une nouvelle fois d’extraire la queue convoitée. Boutons ou lanières ? Elle ne comprenait pas comment son amant était accoutré et se promit de s’intéresser plus précisément aux modes vestimentaires avant d’entreprendre son prochain voyage d’études. Elle trouva finalement l’extrémité d’une aiguillette et tira dessus ; l’effort fut profitable, car l’énorme rondin vint naturellement se caler dans le creux de sa paume. Elle le branla aussitôt vigoureusement.
Le pieu était sombre et gorgé de sève qu’elle voulait faire jaillir. La source n’était pas tarie, même si le Méridional coquin n’avait pas encore libéré le flot de sperme qui inonderait sa conquête. Il ne tarderait pas à jouir, elle s’en faisait le serment ; elle l’astiquerait tant et si bien qu’il ne pourrait plus retenir quoi que ce soit. Elle s’en lécha les babines par avance. Giuseppe la laissa faire ; il offrit son pubis pour que Lizzie pût mesurer l’ampleur de l’érection. Pendant qu’elle le manipulait sans vergogne, il la caressait plus savamment ; il alternait langue et doigts aux abords de sa fente qui devenait oblongue à mesure qu’il la titillait. L’ovale s’arrondit davantage quand il glissa quelques phalanges. Il les enfonça jusqu’à la paume et suivit un rythme personnel, qui sans être chaotique, mêlait accélérations et apaisements, dans le temps où elle-même battait la cadence à la triple croche. La main de la jeune femme semblait floue tant elle allait vite autour du mât. Elle haletait, crispée par l’effort. Elle oubliait presque les tensions électriques de plus en plus nombreuses qui ravinaient ses reins. Pourtant, il était question d’amour-propre et de son honneur de diablesse libidinale. Pellegrini l’avait prise sans déferler, donc elle le ferait cette nuit éjaculer avant que son bas-ventre, qu’il besognait si adroitement, explosât en mille braises étincelantes.
L’orgasme la surprit. Elle avait décelé les prémisses de l’extase, mais imaginait ignorer celles-ci. Le baiser incroyablement tendre qu’il posa sur ses lèvres entrouvertes fut déclencheur ; quand leurs langues s’acoquinèrent et valsèrent aux palais en des rondes sensuelles, un cri — étouffé — guttural annonça la défaite de la rousse aux mèches d’or. Sa main devint plus molle, sans pour autant lâcher la queue de son amant. « Toi, mon beau salaud, tu ne perds rien pour attendre. Je vais extraire ton jus et tu demanderas grâce », pensa-t-elle. Son corps ne répondait que par d’infimes secousses. Ces légers spasmes étaient délicieux.
Giuseppe n’avait pas cessé les caresses ; toutefois il était attentif à ne pas effleurer trop longuement les chairs palpitantes toujours gonflées de désir. Lizzie décida de l’emboucher ; il ne lui laissa pas le temps de se pencher sur l’organe convoité. Sans ménagement, ce qui contrastait avec la manière qui était sienne jusqu’à présent, il la retourna, se plaça derrière elle et disposa ses jambes de part et d’autre de sa taille ; il la pénétra alors d’un lent mouvement régulier qu’elle trouva interminable. Quand il l’eut totalement remplie, il resta un instant sans bouger, accroupi, les mains posées bien à plat sur les épaules de la fille clouée par un tenon conséquent. Le moindre tressaillement de celui-ci donnait l’impression qu’un fruit trop mûr allait exploser ; pourtant, Giuseppe ne paraissait pas inquiet quant à sa capacité à pilonner indéfiniment sa proie offerte. « La visite du laboratoire pouvait attendre des jours moins excitants, le sommeil aussi », pensa confusément Lizzie. Quelques balancements plus tard, elle hurlait qu’il la baisait comme jamais personne ne l’avait baisée. Elle l’interpellait avec divers sobriquets, tandis qu’il fouillait les tréfonds de son ventre ; « âne bâté » revenait le plus souvent. Giuseppe ne l’entendait plus. Il accélérait le battement et la turbina avec une respiration haletante de bûcheron. Étrangement, Lizzie fut déçue quand il éjacula. Quelques postillons qui peinaient à gravir la hampe rigide que l’homme enfonçait totalement en elle vinrent à peine irriguer sa matrice. Elle en ressentit une frustration surprenante au regard de l’extase que son « âne bâté » lui avait procurée.
Ensuite, elle estima qu’il aurait pu éviter de s’effondrer de tout son poids sur elle et de lui couper ainsi brutalement le souffle. Ils restèrent dans cette position longtemps ; enfin, il roula sur le côté et s’endormit aussitôt.
La tête appuyée dans le creux de sa main, elle le regardait. Elle chuchota avec une certaine ironie, plus pour elle-même qu’à son endroit : « Presque parfait, vraiment, bravo, bravissimo ! Quel dommage que la conclusion ait gâché un aussi mémorable coït ! Je t’enseignerai quelques rudiments d’éducation que ta lignée a sans doute omis de te transmettre. Néanmoins, rien n’est perdu, mon bel étalon, le plus gros est acquis ! »
Tandis que Lizzie sortait de la chambre sur la pointe des pieds, les ronflements du comte Pellegrini faisaient vibrer toutes les vitres alentour.


Lizzie, sexploratrice du temps.

Série en six époques éditée dans la collection “De fil en soie” aux Éditions Dominique Leroy

Époque 3 – Lizzie et la pierre philosophale : Nouvelle numérique, 58 pages, couverture en couleurs illustrée par Tatiana Shepeleva et Natalliajolliet. Prix éditeur : EUR 1,99

Disponible en format kindle ou chez l’éditeur (epub, mobi et pdf)

Autres titres disponibles :

Époque 1 – Lizzie impératrice

Époque 2 – Lizzie contre Arsène Lupin

Charlie !

Moi, j’aime bien Charlie. Elle fait un métier étrange, en vogue depuis que l’accès à l’érotisme s’est démocratisé grâce à internet : Charlie est Camgirl.
Mais pas seulement.

Charlie !
C’est une passionnée, Charlie ; une passionnée qui aime le partage, la joie, et tout ce qui se rapporte à une valeur galvaudée, certes, mais vers laquelle, bon gré, mal gré, nous tendons tous : le bonheur.
Charlie lit des auteurs, le jeudi, de 16h00 à 17h00, sur une radio libertine, LSF Radio. Évidemment, ces lectures ne sont pas à mettre entre toutes les oreilles. Pudibond, passe ton chemin, mais il y a peu de chance que tu erres par là, vilain pisse-froid, je ne te parle plus depuis un certain temps, et nous nous en portons mieux l’un et l’autre !

Charlie lit des auteurs, disais-je, mais pas n’importe comment, je cite :

“Qui dit animatrice coquine dit lectures érotiques très coquines !
Alors pour pimenter un peu la lecture de ce genre littéraire trop souvent oublié (la réputation sulfureuse sans doute) mais où les plus grands noms se sont aventurés, la dernière partie de la lecture va devenir de l’hysterical litterature !
Pour résumé, je vais lire, et essayer de garder le fil, car en même temps j’aurai un vibro, sûrement le fairy, en train de faire vibrer mon clitoris au maximum ! Ouh je sens que ça va être dur de lire de manière intelligible!!!
J’adore lire, j’adore les beaux textes, j’adore l’érotisme et la suggestion, alors allier le plaisir des mots au plaisir de la chair, et vous le faire partager, ça m’a semblé une évidence !”

Ah, ah, je t’avais prévenu, Pudibond, cet univers n’est pas pour toi !

Mais moi, j’aime bien Charlie ! C’est un peu de fraîcheur dans un monde de brutes.

Ce podcast que je propose est celui de “1-2-3 Frissons dans les bois” by Charlie. Des extraits qu’elle a sélectionnés pour les auditeurs de LSF Radio, à l’occasion de ses trois ans de camgirl, des moments que Charlie s’approprie avec ma bénédiction.

Et j’en suis très fier !

Elle est comme ça, Charlie, dans le partage.

Un message dans une bouteille médiatique…

J’ai visionné une série TV expliquant que celui qui recherche la liberté par la connaissance est considéré comme le mal !

J’ai vu la mort de Prométhée au profit du serviteur d’une divinité, du gardien du temple qui n’hésite pas à sacrifier pléthore d’humains, considérés comme néfastes – mais-il-les-aime-quand-même – sur l’autel de sa succession. J’ai regardé, béat, un type expliquer que la mort est l’occasion de retrouvailles affectives et amoureuses, l’ultime solution pour être enfin heureux avec ceux qu’on aime, avec ce sous-entendu morbide : “la vie, c’est l’enfer'”.

Pas perdu pour tout le monde

J’ai regardé Lost, et son message nauséabond, admirablement dissimulé sous le fatras d’un rébus digne de lycéens boutonneux.
Comment un tel ramassis de religiosité a-t-il pu avoir autant d’audience sans que personne ne se révolte ?

ça fout la trouille !

Sheela Na Gig

“Sheela-Na-Gig”

been trying to show you over and over
look at these,
my child-bearing hips
look at these, my ruby-red ruby lips
look at these, my work strong-arms
you’ve got to see my bottle full of charm
lay it all at your feet
you turn around and say back to me
he said
sheela-na-gig, you exhibitionist

better wash that man right out of my hair
-“just like the first time, said you didn’t care”
-“heard it before, no more”
-“turn the corner, another one there “
-“heard it before”

he said
sheela-na-gig, you exhibitionist
put money in your idle hole he said
“wash your breasts, i don’t want to be
unclean” he said
“please take those dirty pillows away from me”

Paroles et musique : PJ Harvey

Chaque volume de la tétralogie en cours d’édition chez Dominique Leroy Éditions commence par une courte citation, mise en exergue, situant l’action à venir telle que je la sentais. C’est un extrait de “Nothing’s impossible” du groupe Depeche Mode qui ouvre le bal.

Just give me a reason some kind of sign
I’ll need a miracle to help me this time
I heard what you said and I feel the same
I know in my heart that I’ll have to change
Even the stars look brighter tonight
Nothing’s impossible
(Dave Gahan – Depeche Mode)

Je ne dévoilerai pas pour le moment les trois autres citations. Les livres sortiront en avril et octobre, et cela jusqu’en 2017 ; les lecteurs découvriront alors les divers fragments choisis.

Mais cette magnifique chanson de PJ Harvey pourrait être la “mise en bouche” de l’ensemble des quatre volumes (qui, rappelons-le, peuvent être lus séparément).

Sheela Na GigSheela Na Gig

Léger décalage (extrait)

La levrette, fresque Musée de Naples - extrait de J. MARCADÉ, Roma Amor, 1968, Nagel, p. 90
La levrette, fresque Musée de Naples – extrait de J.MARCADÉ, Roma Amor, 1968, Nagel, p.90

Je suis un gentleman. Je vais passer sous silence les diverses évolutions de la première nuit avec Corinne. Il me suffira de dire que le verre proposé fut rapidement posé sur un coin de table, pour libérer mes mains qui partirent à la découverte du corps de ma conquête. J’étais très excité de faire l’amour sans que les odeurs de l’huile de lin et de l’essence de térébenthine ne viennent s’agglomérer à celles de nos corps en fusion.
Je suis un gentleman, mais je dois quand même dire que la vision des fesses rondes de Corinne, de ses seins un peu lourds qui ballottaient au rythme de notre union, de son visage d’abord enfoui dans un oreiller puis redressé dans ce que je pensais être un spasme de plaisir, un cri contenu d’orgasme, accentuait encore mon excitation.
Et je me tournai vers le miroir de la grande armoire, pour admirer d’une manière un peu plus perverse encore son corps devant moi.
Et je remarquai, interloqué qu’elle écrivait sur un petit carnet, quand je l’inondai, dans un dernier mouvement du bassin.

J’attendais de reprendre mon souffle, allongé sur son dos, pendant qu’elle continuait à gribouiller sur le calepin.
–    Qu’est-ce que tu écris ?
–    Je prends des notes. Continue, si tu veux, tu ne me déranges pas.
–    Qu’est-ce que tu écris ? répétai-je, énervé d’avoir été un peu gêné dans mon orgasme par ma partenaire griffonnant sur un bloc-notes à spirales.
–    J’aimerais savoir ! ça me concerne ?
–    Bien sûr que ça te concerne. Je ne prends pas de notes sur mon boucher quand mon amant me baise en levrette !
Et en effet, Corinne notait scrupuleusement toutes mes attitudes, mes réactions, même les mots tendres ou coquins que je lui avais dits pendant que nous faisions l’amour.
Je cherchai des yeux les caméras, ou les micros, qu’elle n’avait certainement pas manqué de dissimuler dans la pièce.
–    Mais…
–    J’en étais sûre. Qu’est-ce qui vous choque tant dans le fait que je prenne des notes quand vous me faites l’amour ?
–    Ce n’est pas habituel ! tu peux en convenir, non ?
–    Je ne sais pas, je n’ai jamais fait l’amour avec un psy. Mais s’il est consciencieux, il se doit de noter les réactions de ses partenaires, en toutes occasions.
–    Tu es… ? Tu es psy ?
–    Oui ! enfin, presque ! Je poursuis des études en parallèle de mon travail.

J’aurais du me rhabiller en toute hâte et quitter cette chambre, cet appartement, ne jamais chercher à revoir Corinne.
Même si elle avait été une amante hors pair.
Au moins jusqu’à ce que j’appelai naïvement un détail.

Elle me changeait tellement de mes clientes-maîtresses, qui levaient le petit doigt en couinant un vaporeux « oh oui » timide et emprunté, avant de me labourer le dos de leurs ongles manucurés.
Corinne, en caressant négligemment mon pénis en repos, me raconta sa passion pour Freud, Jung, Lacan, Wellebrouck, Stoller, et pléthore d’autres noms que je ne connaissais pas.
–    Mais tu vas en faire quoi, de toutes ces notes prises aux dépens… de tes amants ?
–    Je prépare un mémoire. Je veux arriver à prouver que tous ces grands noms se sont trompés complètement sur…
–    … sur quoi ?
–    Non, je n’ai pas le temps de t’expliquer. Je dois dormir, j’ai rendez-vous demain matin. Une importante réunion que je ne peux pas rater.
–    Tu veux que je rentre chez moi ?
–    Je n’osais pas te le demander. Oui, je préfère dormir seule. On se voit ce soir ?

 

…/… à suivre

Ville-vacances (1ère partie)

Une pièce meublée de deux bureaux face à face, du côté gauche de la scène, ordinateurs, papiers à entête, sous-mains, stylos, tampons. Un troisième bureau avec le même équipement est en place près de l’entrée, à droite, de profil par rapport au public, presque au milieu de la scène. Une grande fenêtre éclaire l’ensemble, un portrait officiel est accroché au mur, en face de la porte d’entrée. C’est un office municipal. Coralie et Jordan sont de chaque côté de la fenêtre, sirotant chacun un café, tout en regardant dehors.

CORALIE
Ah les pauvres gens !

JORDAN
C’est sûr, ça ne doit pas être drôle !

CORALIE
On ne les a pas pris en traître non plus ! Ils ont largement eu le temps.

JORDAN
(s’écartant brusquement de la fenêtre, pour ne pas être vu du dehors)
C’est Max ! J’espère qu’il ne m’a pas vu !

CORALIE
(guillerette d’être dans la confidence, elle parle à Jordan tout en scrutant l’extérieur)
Tu le connais ? Ah oui, c’est ce fameux copain de lycée dont tu me parles sans arrêt.

JORDAN
(toujours en retrait de la fenêtre)
Il est passé ? Il a tourné la tête par ici ?

CORALIE
Non, il n’a pas eu un regard vers la mairie !

JORDAN
Dis-moi quand il sera loin ! Vois-tu sa femme et ses filles ?

CORALIE
Mais je ne la connais pas, sa femme ! Ses filles encore moins.
(Un temps passe, pendant que Coralie boit une nouvelle gorgée de café tout en regardant dehors, presque avec gourmandise)
C’est bon, il est passé !

JORDAN
(il s’est rapproché de nouveau de la fenêtre)
Ça fait pas mal de monde. Combien de cars Lefort a-t-il prévus ?

CORALIE
(Elle va à son bureau, fouille dans une liasse de papiers)
Attends que je retrouve le bordereau… ah, je l’ai ! Y’a vingt-cinq cars ce matin, autant cet après-midi.

JORDAN
C’est dix de plus qu’hier ! À croire que le mardi est jour de pointe.

CORALIE
(parcourant le bordereau, pleine de joie et d’admiration pour la machine administrative bien huilée)
Non, ce sera jeudi. On aura quatre-vingt-quatre cars qui vont faire la navette jusqu’au soir. Le grand boum, quoi !

JORDAN
Il nous restera à peine une journée pour tout nettoyer. Ça va être une drôle d’organisation, on n’a pas fini d’entendre Lefort râler.
(il finit son gobelet de café, vitupérant soudain)
Et voilà ! Fallait s’en douter ! La vieille folle qui habite au-dessus de la crêperie fait des histoires…

CORALIE
(Réfléchissant un court temps)
À c’t’âge là, elle serait mieux au cimetière, non ?

JORDAN
Ce sont les retraités qui ont voté en majorité pour le maire. Ils ont leur utilité !

CORALIE
Les vieux ET les commerçants.

JORDAN
Les commerçants, c’est quand même la moindre des choses. On se décarcasse pour eux, tout d’même. Et la plupart n’habitent même pas la ville.

CORALIE
(surprise)
Eh, mais oui, c’est vrai ça ! Ils ne sont pas inscrits sur les listes électorales ici ! Avec tout ça, je crois que le maire a eu raison de faire voter par le conseil un mandat renouvelable par tacite reconduction.

JORDAN
(Éclatant de rire)
C’était pas bête, comme idée ! Comme ça, un élu n’a plus besoin d’électeurs.
(rêveur)
Il est tout de même très intelligent, m’sieur l’maire !

CORALIE
Au moins, il a les coudées franches pour ce type de décision assez impopulaire.

JORDAN
Impopulaire ? Ils ne sont jamais contents, c’est un comble !

CORALIE
Ils devraient être fiers de leur ville, et au lieu de cela, ils marchent vers les cars les yeux dans le vide, ou se cramponnent au chambranle de leur porte ! Dans quel monde vivons-nous ! Tu sais, souvent je me dis qu’on travaille pour des ingrats !

JORDAN
Tu as tout à fait raison. Ce n’est pas en restant dans son appartement qu’on devient la troisième ville touristique de France.

CORALIE
Mais ça, ils ne s’en rendent pas compte.
(criant à travers le vitrage)
Allez, marchez, tas d’ingrats !

JORDAN
Si Lefort t’entendait ? Ah ah ah, il nous a encore dit la semaine dernière : de la dignité avant tout !

CORALIE
On voit bien que ce n’est pas lui qui se tape tout le boulot !

JORDAN
Faudrait s’y mettre, d’ailleurs ! Ils étaient déjà une cinquantaine quand je suis arrivé ce matin.

CORALIE
Allez, on y r’tourne. Oh, regarde la gamine ? Ce n’est pas la fille de la fleuriste de la rue Dullin ?
(éclatant de rire)
Elle a pété les lunettes du type en pyjama…

JORDAN
(laissant passer un temps)
En pyjama ! Ah, parle-moi de dignité ! Alors qu’ils le savent depuis presque un mois ! T’as l’occasion de faire ta valise ET de t’habiller, dans ce laps de temps, quand même.

CORALIE
Laisse tomber, va ! On n’les r’fera pas !

Ils retournent vers leurs bureaux respectifs, Jordan totalement à gauche, et Coralie près de l’entrée.

JORDAN
Préviens l’accueil qu’on va recevoir les postulants.

…/… à suivre

Update

Théâtre, pièce en quatre actes.

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« Update » a été créée le 11 juin 2013 à Paris, au Bouffon Théatre (19e), par la compagnie Cléo & co.

Ils en parlent : LES SOIRÉES DE PARIS

Personnages :

–          Gabrielle, quadragénaire, journaliste. Elle se découvre une fascination pour les smartphones et en devient « esclave ».

–          Thomas, compagnon de Gabrielle. Collectionneur, il est passionné d’objets hétéroclites qu’il chine, notamment ceux ayant trait à l’histoire du sport.

–          Carole, journaliste et collègue de Gabrielle. Elle développe la même fascination pour les smartphones, autant par snobisme que par désir d’être « à jour » avec les dernières évolutions. Sa vie sentimentale est exclusivement numérique et les ruptures avec ses amants de tous les coins du monde, fréquentes.

–          Jérôme, informaticien, copain de fac. de Thomas et ancien collègue de travail. Il plaque tout pour se lancer dans l’apiculture sans avoir la moindre notion sur l’élevage des abeilles.

–          Voix électronique. Elle rythme les mises à jour des applications installées sur les divers smartphones de Gabrielle, jusqu’à devenir la voix de la « numérisation » finale de la jeune femme.

Synopsis :

Voici un couple perdu dans la tourmente du monde contemporain.

Gabrielle et Thomas sont-ils asservis par ces objets du quotidien, pensés pour ne durer qu’un temps très limité, miroirs aux alouettes du mercantilisme effréné de notre époque entrainant le tandem dans une course sans fin à la surconsommation.

Du besoin à la dépendance, la frontière est mince, Gabrielle en sait quelque chose. La peur, générée pour des raisons commerciales, de ne plus être totalement en phase avec le Monde est plus prégnante désormais que tout ce que lui était cher. Elle devient, sous les yeux de Thomas, esclave des nombreuses mises à jour, engluée dans la toile tissée par les innombrables applications (et leurs updates) souvent inutiles de son smartphone, qu’elle remplace évidemment dès qu’un nouveau modèle est proposé sur le marché. Elle est inexorablement et artificiellement rendue avide de nouveautés par les alléchantes (et autoritaires) propositions publicitaires.

La ronde est folle, et les amis du couple ne sont pas en reste. Carole, collègue de Gabrielle, est condamnée à n’aimer que par voie numérique tandis que Jérôme, copain de Thomas, choisit la vie fantasmée d’un citadin s’imaginant en improbable apiculteur et migrant à l’autre bout du monde à la recherche d’une reine.


Disponible ici : Update (Amazon Kindle)