10, 11, 12, la Mort est jalouse ! (part 3)

Jaquette 10, 11, 12, la Mort est jalouse !5
Ce foutu toubib avait cafté ! Salaud !
Je chantonnais cet air, avec le rythme d’un train dont les roues heurtaient les interstices des rails. Cefoututou — bibacafté — Salaud — Cefoututou — bibacafté — Salaud…
Cela me permit de ne pas perdre pied, de ne pas devenir fou, entre ces quatre murs mous placés autour de moi afin de me garder à l’abri de l’extérieur. Les premiers jours, j’ai passé beaucoup de temps à étudier les capitons. Je cherchais comment déboutonner — il y a toujours une boutonnière quand il y a des boutons, tout le monde vous le dira — l’ensemble de la prison utérine.
Puis, j’ai laissé tomber !
J’ai opté pour une solution classique pratiquée par tous les détenus dans toutes les geôles de l’univers. Je me suis masturbé pendant des heures et des heures, jusqu’à m’écrouler d’épuisement. Je me branlais avec rage et désespoir, mais également avec la conviction que mon sperme construirait un chemin lumineux qui me conduirait hors de ma cellule. J’étais persuadé que la Voie lactée était la réponse. Elle était évidemment constituée des sédiments de toutes les pollutions nocturnes que subirent les enfants et les réclusionnaires. Car les enfants sont captifs eux aussi, mais c’est un autre sujet. Voilà un thème de livre passionnant, mais j’y reviendrais un jour ou l’autre, à l’aube de ma délivrance.
Car il y a toujours une aube, après la nuit !
Mais avant de pouvoir se vanter d’avoir élaboré sa propre Voie lactée, une Voie lactée bien sûr plus modeste, une portative, peut-être une Voie lactée demi-écrémée et pourquoi pas pliable, il fallait produire.

J’invoquais mes conquêtes. Chacune avait un attrait particulier. J’avais donc établi un catalogue en fonction de mon humeur, de la taille et de la dureté de mon sexe à l’instant où je commençais à astiquer celui-ci. Il me semblait capital d’économiser sur les fantasmes : surtout ne pas tout dilapider tout de suite. Je bandais parfois sans avoir recours à une vision érotique, et c’était ça d’acquis !
Et en toute fin d’inventaire, trônait l’acmé de mes convoitises : La Reine, MA Reine.
Je peux l’avouer maintenant que ma Voie lactée est presque terminée. C’est à Elle que je la dois, cette échappatoire. Mon chemin de Damas libérateur est l’œuvre collective de ces femmes aux croupes larges et bombées, aux seins emplis comme des mondes à conquérir et aux voiles arachnéens affriolants, mais à l’heure où les masques de loup entraient dans ma cellule pour tester de nouveaux procédés électriques et chimiques afin de me délivrer du mal — ainsi soit-il — l’ultime jet de semence extrait de ma queue endolorie lui fut dédié.
À Elle seule !

6
Angéline profondément endormie était pelotonnée contre Nora. Celle-ci, tout en savourant les derniers effets des orgasmes dévastateurs que la belle lui avait procurés, regardait autour du grand lit. Elle n’avait pas d’autres repères que ce champ de bataille, témoin des frasques de la nuit… De la nuit ? Ou du jour ? Combien de jours ? Combien de nuits ?
Elle n’avait plus aucune notion du temps. Il n’y avait pas de fenêtre qui aurait permis d’apercevoir la lumière extérieure ou un bout de ciel. Il lui était donc difficile de décider s’il faisait jour ou combien d’heures étaient passées depuis qu’elle et Angéline avaient fait l’amour ; une éternité, évidemment, qui succéda aux flots ininterrompus de plaisir comme elle n’avait jamais connu. Elle n’osait pas repenser à ce pénis jailli de son propre entrecuisse ou à celui qui la pénétrait et lui donnait de nouvelles extases, si différentes de celles maintes fois explorées. Elle n’avait aucune explication rationnelle, mais réflexion faite, elle n’en avait pas non plus sur sa présence ici. Elle n’avait qu’un souvenir confus d’une effroyable souffrance en préambule à la tendresse d’Angéline et à sa jouissance, sans pouvoir déterminer quel drame avait pu provoquer une telle douleur.

Son corps ressentait encore, en de courtes, mais violentes vibrations, les échos des flux orgasmiques catalysés par l’art consommé de celle qui s’était présentée comme sœur Angéline et dont le bras enserrait son cou. Elle tenta de l’écarter légèrement et la « religieuse », sans se réveiller tout à fait, ouvrit un œil qu’elle referma aussitôt pour replonger dans le sommeil. Nora se glissa alors hors de l’étreinte et s’assit un temps sur le bord de la couche. Elle ne sentait plus ses jambes. Elle attendit quelques minutes avant de se lever et d’explorer les lieux.
La pièce semblait très vaste et chichement meublée. Elle discerna une commode de facture classique, sans grand intérêt, ainsi qu’un chevet fixé à la tête de lit. Le reste de la salle se perdait dans une obscurité dense, trouée uniquement par une forme de pinceau de lumière douce qui baignait Angéline. Alors qu’elle cherchait de quoi se vêtir, elle ne trouva aucune tenue dans l’alcôve, ce qui supposait peut-être que les deux filles étaient arrivées nues dans cet endroit, à moins qu’une femme de chambre ait intentionnellement fait disparaître les habits, au moins pour les ranger, ce qui ne vint pas à l’esprit de Nora. Les tiroirs du meuble étaient vides. Elle retourna vers la couche pour s’envelopper dans le jeté qui traînait par terre. Puis elle entreprit de dénicher une porte, sans oser s’aventurer trop loin dans les ténèbres. Elle tâtonnait encore quand le faisceau de clarté s’élargit lentement ; il éclairait maintenant une surface de plus en plus grande et dévoilait enfin les murs.

En découvrant l’aspect général de la salle, Nora étouffa un hoquet de surprise. Les parois, noires comme l’obsidienne, étaient particulièrement irrégulières, comme si elles avaient été taillées à même la roche. Elles rejoignaient une voûte sur croisées d’ogives, elles aussi sculptées dans la pierre. Au bout de quelques minutes pendant lesquelles elle examina la globalité du lieu, Nora en conclut qu’elle n’était pas venue de son plein gré dans cette grotte aménagée. Elle imagina qu’il lui serait nécessaire de garder sa lucidité et d’en appeler à un courage sans bornes pour ne pas paniquer, même si elle se sentait étrangement calme. L’environnement clos, telle une tanière protectrice, semblait l’apaiser. Elle prenait même du plaisir à caresser le minéral sensuel aux courbes sans aspérités. Il était chaud et très lisse sous sa paume, « semblable à de la chair », pensa-t-elle.

La paroi devenait translucide par endroits, tandis que Nora appliquait sa main dessus. Elle découvrit ainsi d’autres cellules identiques à celle qu’elle partageait avec Angéline. Certaines étaient vides, alors que d’autres étaient occupées par des couples dont certains faisaient l’amour.
Une salle attira plus particulièrement son attention. Dans celle-ci, une femme patientait, le buste posé contre une plaque enduite de laque bleu et les fesses levées vers le ciel du lit. Son excitation était visible. Elle ondulait doucement d’avant en arrière, compressant sa poitrine abondante ou la soulevant légèrement. Cette vision engendra chez l’observatrice de la scène des escarbilles intérieures qui vrillèrent ses reins. Elle contempla un long moment le jeu érotique qui se produisait devant ses yeux, sans comprendre ce qui se tramait réellement dans cette attente en offrande, quand elle vit un interminable serpent épais comme la cuisse de la future victime. Il rampait vers elle et déroulait ses circonvolutions dans une reptation écœurante. Nora, dans un réflexe incontrôlé, tapa de la paume contre la roche transparente pour prévenir la proie sans défense de l’attaque imminente du reptile immonde. Elle répéta ce geste plusieurs fois et de plus en plus fort, sans effets. L’animal approchait inexorablement ; il leva la tête pour examiner d’un regard froid la femme toujours occupée à osciller d’avant en arrière selon un rythme lancinant et Nora imagina qu’elle suivait la cadence d’une musique qu’elle seule pouvait ouïr. Peut-être était-elle droguée, afin d’apaiser par avance les subséquentes souffrances ou la contraindre au calme tandis que l’ophidien l’avalerait.

Celui-ci se redressa et entreprit d’enrouler ses anneaux le long d’une jambe, puis de la taille de l’offrande. Il enserra alors les seins et les comprima avec une douceur surprenante. La fille se cambra. L’animal était désormais entièrement lové autour du corps de sa proie qui semblait y trouver beaucoup de plaisir. Nora n’entendait aucun bruit depuis cette salle, mais ce qu’elle voyait la confirma dans cette idée. Malgré le caractère hypnotique de la scène, elle se résolut à la quitter des yeux, pour ne pas en découvrir plus. Elle fit quelques pas, singulièrement troublée, quand elle sentit une main sur son épaule. Elle sursauta. Un bras l’enlaça avec tendresse. Angéline déposa un baiser à la naissance de son cou, puis murmura, pour la rassurer :
– « N’aie pas d’inquiétude, ma belle. Sophie est tout à fait consentante. Et Khunrath ne lui fera aucun mal. C’est une fille, elle aussi. » Elle ajouta, avec un demi-sourire : « Sans doute même plus que nous !
– Khunrath ? C’est un nom étrange pour un… serpent, non ? », demanda Nora en même temps qu’elle se cambrait presque malgré elle pour plaquer ses fesses contre le pubis de son amante.
– « Probablement ! Je ne crois pas ! Cela lui va bien, et puis il faut nommer les Êtres, c’est important. Chaque nom a une symbolique forte, sais-tu ? Khunrath est là depuis des temps immémoriaux. Elle est la gardienne des lieux. C’est elle qui m’a initiée et m’a aidée à accepter la petite différence… »
Angéline ne finit pas sa phrase ; elle souriait étrangement à des souvenirs qu’aurait souhaité connaître Nora. Elle continua :
– « Veux-tu que je te fasse visiter ?
– Où sommes-nous ?
– Nous sommes dans un cairn.
– Un cairn ? Qu’est-ce que c’est, une sorte de grotte ? » demanda Nora.
Angéline s’éloigna de quelques pas et leva ses bras comme pour étendre sa présence aux parois intimes de l’abri rocheux.
– « Depuis la campagne, un cairn ressemble à une petite colline. Il est souvent même imperceptible pour qui n’est pas au fait de son emplacement précis. Mais depuis toujours, ce sont les résidences sacrées des invitées de Khunrath et de ses sœurs. C’est une tradition qui remonte à la nuit des temps. »
Nora était interloquée. Les yeux de la si jolie femme qui l’avait possédée et qu’elle était prête à aimer — elle le savait, intuitivement, leur intimité évoluerait vers la passion sans aucun doute — s’éclairaient de flammèches folles.
– « La nuit des temps ? Ça fait un bail, ça ! » ironisa-t-elle timidement.
Contre toute attente, Angéline éclata de rire. Son regard reprit la douceur bienveillante qui le caractérisait.
– « Ça fait un bail, comme tu dis, ma belle Nora ! Mais il y a beaucoup de choses que j’ignore à propos de ces lieux étranges. Khunrath te donnera sans doute plus d’explications si tu lui poses des questions. Mais tu n’auras plus cette envie en sa présence. Elle est si câline et caressante.
– Quand lui parlerai-je ?
– Quand elle estimera que le moment sera venu. C’est aussi facile que cela. Tout est très simple ici, tu le découvriras. Viens contre moi ! »
Elle enlaça son amante et posa un baiser sur ses lèvres qu’elle força un peu. Nora s’abandonna et répondit à l’étreinte en enroulant sa langue à celle d’Angéline. Elle était heureuse.
Elle ne se rappelait pas avoir déjà connu telle sensation. Le monde devenait d’une docilité incroyable entre les bras de la « religieuse ».

10, 11, 12, la Mort est jalouse ! (part 2)

jaquette 10, 11, 12, La Mort est jalouse3
J’avais noté la date précise, dans un agenda à couverture de cuir bleue. Aucun risque d’oublier ! Il n’y avait, dans ce petit carnet à l’allure précieuse, que des rendez-vous liés à ce que j’avais vécu à Bourg-sur-Étang, quelques coupures de presse relatant les évènements tragiques, et une minuscule photo de Pamela Martin que ce flic m’avait donnée — à ma demande — alors qu’il bredouillait des remerciements avec des sanglots dans la voix.
Deux ans, si peu, pourtant une éternité !
Deux ans ! Et je voyais toujours un psychiatre une fois tous les quinze jours ! Aux frais du contribuable, mais tout de même ! Je ne faisais plus de cauchemars depuis presque un an, mais il m’arrivait encore de croiser dans la rue l’une ou l’autre des fées enchanteresses qui m’avaient guidé sur le douloureux chemin qui menait vers La Reine, cette furie qui…
Je refusais d’évoquer ces souvenirs !

La souffrance, les os brisés, l’odeur persistante de la chair brûlée de Pamela, tout cela n’était que mauvais souvenirs s’estompant doucement.
Doucement, mais sûrement.
Non ! La véritable torture, celle que j’hésitais à décrire au praticien par peur d’un éventuel internement, celle qui me rongeait inexorablement et qui faisait que je ne serais plus jamais le même, était tellement plus déstabilisante. Elle me faisait désormais douter de chaque humain rencontré — les nymphes aux voilages évanescents n’étaient sans doute pas ce qu’elles semblaient représenter, allez savoir ! — sans qu’il me fût possible de me raisonner et de donner ma confiance. Même des amantes que je pensais suffisamment connaître pouvaient n’exister depuis toujours que dans l’apparence et la duperie.

Si la Reine — je l’avais tant désirée, celle dont je rêvais chaque nuit — était réellement ce qu’on disait d’elle dans les émissions sur les tueurs en série, et non cette créature fascinante à la beauté flamboyante que j’avais eu la chance de côtoyer, alors j’étais fou à lier !
Et je finirais bien un jour par me trahir lors des consultations psychiatriques.
J’avais noté la date précise, dans un agenda à couverture de cuir bleue. Il n’y avait, dans ce petit carnet à l’allure précieuse, que des « rendez-vous » associés à ma Reine. Elle en honorerait un de sa présence, parce que je le méritais, parce qu’elle me devait bien ça !
Même si ces salopes de nymphes faisaient mine de ne pas me reconnaître quand je les abordais dans la rue.

4
– « Renan, c’est pour toi ! Tu prends dans la chambre ? »
Taggert s’étira avant de crier un « oui » qu’il ne voulait pas agressif, mais qui devait être assez tonitruant pour traverser l’espace entre la chambre et l’atelier de Magalie. Cette maison qu’ils occupaient dans les alentours de Nantes était sans doute trop grande pour un couple sans enfant, mais c’était le choix de sa compagne… et il cédait à tous les choix de sa compagne.

Il tendit la main vers le combiné qu’il décrocha de son support. Le fil — ils possédaient sûrement le dernier modèle de téléphone relié par un câble torsadé à son socle, une lubie de Magalie — s’emmêla et il tira en grognant d’un coup sec ce qui fit tomber l’appareil sur la moquette.
– « Monsieur Taggert ? Renan Taggert ? Bonjour ! Je suis désolée de vous déranger, mais… »
La voix était douce, sans doute intimidée, ce qui fit sourire Renan. Il n’était pas rare qu’il reçût des appels téléphoniques alors qu’il tentait de profiter de quelques jours de repos, mais ses correspondants l’interpellaient toujours en commençant par son grade, et cela uniquement par le biais de son cellulaire qu’il avait évidemment éteint à leur arrivée dans ce havre de paix, cet exil volontaire. Il ne se souvenait pas avoir donné ce numéro à quiconque et c’est d’un ton méfiant, très en retrait, qu’il demanda qui voulait lui parler.
– « Je suis Yasmina Taïeb ! Nous nous sommes rencontrés à l’occasion d’une affaire me concernant, il y a quelques années… »
Il eut la sensation que la voix de la jeune femme s’étranglait sous la violence d’une émotion qu’il ne saisissait pas. Ce nom évoquait vaguement quelque chose à Renan, mais il n’arrivait pas à situer où et quand il avait fait la connaissance d’une « Yasmina Taïeb ».
– « Comment avez-vous obtenu ce numéro de téléphone, Madame Taïeb ?
– Nous avons une amie commune, Monsieur Taggert. Je vous prie d’excuser cet appel. Je ne me serais pas permis de vous déranger chez Magalie s’il n’y avait pas une très bonne raison. Puis-je passer dans la journée ? »
Renan était interloqué par ce flot d’informations qu’il ne parvenait pas à mettre dans le bon ordre. Une tasse de café permettrait sans doute d’extraire son esprit des brumes matinales persistantes dues à un réveil un peu brutal. Magalie, qui avait certainement un incroyable sixième sens, apporta dans l’entrefaite une tasse d’un breuvage fumant dont l’odeur alléchante le stimula. Elle lui tendit le récipient et murmura, tout en déposant un baiser sur son front :
– « C’est une copine… sois sympa avec elle ! »

Rendez-vous fut pris. Il fut convenu que Yasmina viendrait un peu plus tard dans la journée ; Taggert voulut mettre à profit le peu de temps restant avant cette rencontre impromptue pour questionner Magalie à propos de cette « Yasmina » qu’il était censé connaître. L’affaire des faux tableaux, du vieillard excentrique et de son histoire de peintre sans descendance qui en avait finalement une, et du médecin qui avait tué une des deux galeristes lui revint en mémoire, avec l’aide de Magalie qui était une relation de Yasmina Taïeb.
– « T’as de la chance que je ne sois pas susceptible, Monsieur le policier. Je te rappelle qu’on s’est croisés à l’époque, grâce à mon amie que j’accompagnais à tes interrogatoires parce qu’elle n’avait même plus la force de conduire.
– Pardonne-moi Magalie, mais j’en vois tellement ! Et puis, ici, je déconnecte ! c’est le vrai repos, près de toi… »
Il la prit par la taille et l’attira vers le lit. Elle se glissa hors de l’étreinte, dans un éclat de rire.
– « Oui et bien, tant pis pour toi ! tu es puni, sale flic amnésique. De plus, nous n’avons pas vraiment le temps d’entreprendre quoi que ce soit ! Je connais Yasmina, elle appelait sûrement du centre du village et ne va pas tarder à pointer son joli minois. Je vais préparer une salade, vous discuterez en mangeant. »

Un petit cabriolet jaune vif pénétra dans la propriété en faisant crisser le gravier qui traçait un chemin ocre clair entre les massifs laissés à l’abandon.
– « Qu’est-ce que je disais ? Habille-toi vite et va l’accueillir, je vous dirais quand passer à table ! »
Il mit les vêtements qu’il trouva au pied du lit et se précipita. La jeune femme gravissait déjà les quelques marches du perron quand il ouvrit la porte du sas d’entrée. Il reconnut tout de suite la silhouette et le visage de la galeriste qu’il avait en effet croisée à plusieurs reprises lors d’une enquête. Il n’avouerait jamais qu’elle avait été convoquée au moins trois fois sans véritable raison, sinon dans l’espoir qu’elle fût accompagnée de Magalie. Celle-ci lui avait tourné la tête.
– « Bonjour Monsieur Taggert !
– Je vous en prie, appelez-moi Renan…
– Encore heureux. Vous me piquez mes copines, vous ne vous souvenez plus de moi, et je devrais vous donner du “lieutenant” avec déférence ?
– Ces temps sont révolus. J’ai pris du galon, comme on dit, celui de capitaine, en l’occurrence ! ça n’ajoute rien, sinon quelques cheveux blancs. »
Ils éclatèrent de rire. La jeune femme avait cette candeur indispensable pour que le trop sérieux — voire bourru — policier se détendît instantanément.

Les filles furent ravies de se retrouver, même s’il semblait évident qu’elles s’étaient croisées peu de temps auparavant. Renan ne s’en formalisa pas. Le repas fut jalonné d’anecdotes, à propos de peintres plus ou moins surfaits, de marchands d’art peu scrupuleux et de prix de vente démesurés. On se garda d’effleurer la blessure de Yasmina qui était encore douloureuse, sous le masque espiègle. Puis Magalie proposa des digestifs, tandis que la galeriste sortit de la poche intérieure de sa veste un objet empaqueté avec soin dans un chiffon. Avec un air de comploteur, elle déballa une petite figurine de pierre érodée qui paraissait très ancienne.
– « Savez-vous ce que c’est ?
– Qu’est-ce que cela représente ? », demanda Taggert, intrigué par le motif particulièrement usé. « On dirait une femme comme on en voit sur ces images datant de la préhistoire.
– Belle déduction, capitaine ! » plaisanta Yasmina. « Vous brûlez !
– C’est une Sheela Na Gig ! » affirma Magalie.
Renan se tourna vers sa compagne avec une mimique de stupéfaction qui la ravit. Elle ne put s’empêcher de préciser :
– « Je ne suis pas bretonne pour rien, mon cher ! Ces statuettes sont courantes dans la tradition celtique. Je me trompe, Yasmina ?
– Oui et non. Elles sont assez répandues en Angleterre, surtout en Irlande, mais pas tant que ça sur le continent. Celle-ci vient d’un petit village près de Carlisle. »
La jeune femme contempla assez longuement la figurine avant de demander :
– « Et savez-vous ce que ces Sheela Na Gig ont de particulier ? »

Renan ne saisissait pas où voulait en venir leur invitée. Il n’avait qu’une connaissance approximative de l’art en général, et attendait que la réponse fût donnée, avec l’espoir que Magalie brille encore un peu, ce qui faisait sa fierté. Malheureusement, elle fixait l’objet sans avoir de précisions à fournir quant à sa fonction. Elle proposa néanmoins :
– « C’est une sorte d’ex-voto ? Ou un truc pour repousser le démon ?
– Celle-ci est très ancienne », expliqua Yasmina. « À première vue, j’avais avancé une fourchette chronologique comprise entre huit cents et mille ans… apr. J.-C., évidemment. Mais une datation effectuée par un laboratoire spécialisé a fait régresser mon estimation de plus de trois mille ans. Cette jouvencelle nous vient du néolithique, et n’a pas cessé d’écarter les lèvres de son sexe depuis. Alors, ce n’est pas un ex-voto, mais la fonction “anti-Malin” est une hypothèse… »
Elle réfléchit un temps, toujours perdue dans la contemplation de la statuette.
– « … Une hypothèse parmi d’autres. Personnellement, je n’y crois pas. Elle a peut-être été utilisée comme amulette, pendant des époques troublées par les épidémies ou les guerres, mais ce n’est pas son origine. L’invention du Diable est beaucoup plus récente qu’elle. »
Renan se mêla enfin à la conversation :
– « Elle doit valoir une petite fortune. Pourquoi la transporter avec vous ? Pour nous la faire découvrir ? Et là aussi, pourquoi ? »
Yasmina éclata de rire, pour le plus grand plaisir de Magalie qui aimait voir sa copine heureuse.
– « Le capitaine Taggert n’est jamais très loin, mon cher Renan ! Et tant mieux, car c’est à lui que je voudrais confier la garde de ma petite Sheela.
– D’où ma question précédente : pourquoi ?
– Parce que j’ai reçu une lettre de menace qui me demandait de détruire la sorcière. »

La révélation de la galeriste jeta un froid sur la tablée. Et malgré toute la sympathie que Renan éprouvait pour Yasmina, nonobstant le fait qu’elle était une proche de sa très chère Magalie, il se disait qu’elle avait le chic pour s’attirer des ennuis.

10, 11, 12, la Mort est jalouse ! (part 1)

jaquette 10, 11, 12, La Mort est jalouse« Plus plaira à Dieu la moie louenge
que sacrefices de torel qu’en
li soloit faire en la viez loi »
(Psautier, f° 81)

1

La Camaro rouge roulait à vive allure sur le ruban noir d’asphalte surchauffé. Jules jouait avec les boutons de l’autoradio afin de remettre pour la dixième fois « Painkiller » qu’il écoutait en boucle depuis son départ de Belfort. Les guitares se succédaient à un rythme diabolique. La voix d’Halford perçait ses tympans. Jules appuya un peu plus sur la pédale d’accélérateur et huma l’air dans l’habitacle. La vieille climatisation était en panne. Le tourbillon de souffle chaud, qui entrait par les fenêtres en balayant la fine poussière accumulée depuis qu’il avait acquis cette merveille de mécanique, vibrait au rythme des membranes des haut-parleurs.
Il sentit une présence près de lui.

Sa vision périphérique ne détectait rien. Il quitta l’autoroute des yeux une poignée de secondes pour se tourner vers le siège passager.
Des voiles flottaient au gré des fluctuations du vent ; ils ne cachaient plus les seins ronds de la jeune femme. Jules ne pouvait pas détacher son regard de la gorge palpitante qui paraissait le narguer.
La Camaro s’engouffra sous l’essieu d’un semi-remorque haletant qui peinait à gravir la pente du Ballon d’Alsace. Les roues arrière du camion se soulevèrent. Le parallélépipède d’acier se tordit dans un bruit assourdissant et déversa son chargement dans le fossé. Le chauffeur tenta une embardée pour retrouver un semblant d’équilibre. Il remarqua alors qu’une pointe rouge sang déborda de sa calandre et continua seule sa course folle. Il tendit machinalement le bras à sa droite quand la cabine chut.

Les secours arrivèrent sur place rapidement.
Le routier, toujours choqué, jura aux enquêteurs qu’il avait clairement vu « comme je vous vois » des voiles mauves s’envoler vers le ciel. L’alcootest s’avéra négatif.
Jules, d’après les experts, n’avait sans doute pas souffert. Sa tête, qui fut découverte à une cinquantaine de mètres du lieu de l’impact, en témoignait.
Le visage, illuminé par un sourire attendri, était formidablement apaisé.

2

– « Tranquillise-toi, Nora. Tu ne risques plus rien, tu es en sécurité ici »
L’être nimbé de lumière qui s’était présenté comme sœur Angéline caressait avec délicatesse les cheveux de la jeune femme, tout en murmurant des mots de réconfort, la nommant tour à tour « transfuge divin », « lait de cicatrisation » ou « baume céleste ». Nora se laissait câliner, appréciant la tendresse de sa partenaire sans plus chercher à savoir qui était et d’où venait cette magnifique personne au sourire lénitif. Ses derniers souvenirs rougissaient sa mémoire par la violence qu’ils racontaient, sans autre précision que la douleur irradiant son corps entier. Elle les chassa et se promit néanmoins d’étudier plus tard l’origine de cette souffrance.
Plus tard.

Elle accepta que celle qu’elle imaginait mal en religieuse l’enlaçât. Angéline colla ses courbes contre les siennes et plaqua des seins menus aux pointes érigées contre sa poitrine d’ordinaire habituée à être écrasée par la musculature vigoureuse de ses amants qu’elle sélectionnait en tant qu’étalons. La brute épaisse l’échauffait terriblement depuis son plus jeune âge. Ses premiers émois avaient été ressentis devant de médiocres productions cinématographiques italiennes qui montraient des gladiateurs à la carcasse huileuse. La quarantaine venue, elle avait gardé ce goût qu’elle n’avait jamais osé confier à personne, et souvent, elle visionnait quelques scènes de péplum en se caressant ; elle se figurait que des cuisses puissantes étreignaient sa taille tandis qu’un rondin massif la forçait sans ménagement. Nora appréciait la virilité des pauvres d’esprit incapables de dire trois mots ayant un sens. Le primate hébété qui découvrait sa croupe offerte et ne savait qu’ânonner d’inaudibles borborygmes, quand tant d’autres exalteraient inutilement sa beauté en des vers surannés, l’excitait au plus haut point. Elle se donnait alors avec un acharnement destructeur. Elle frappait, mordait, griffait la bête qui la besognait en grognant de douleur. Elle hurlait sa force de femelle volontiers dominante et écrasait ainsi sous le talon de sa jouissance victorieuse tous les hommes qui l’avaient souillée de leur semence peccamineuse.

À l’opposé de cette indécence brutale, les mains de sœur Angéline n’étaient que délicatesse. Nora savoura les baisers voluptueux entre ses seins. Elle huma l’exquis parfum des cheveux coupés court tandis que la « religieuse » dessinait des motifs complexes dans son dos tout en grignotant avec une incroyable douceur son téton droit qui se redressa. Elle apprécia particulièrement sa langue qui décrivait longuement de multiples arabesques entre son buste et son pubis, puis faisait relâche alanguie sur le renflement du mamelon juste sous l’aisselle ; il descendit ensuite au niveau de la taille et la cerna d’embrassements subtils. L’impulsivité de Nora était vaincue par la maîtrise du corps féminin que possédait Angéline. Le jeu dura des heures, lui sembla-t-il. Un tourtereau mal dégrossi l’aurait déjà saillie et la ferait gémir sous les coups de boutoir martelant son bassin en rut, mais la patience de son amante fut récompensée par un jaillissement qu’elle ne se connaissait pas. Elle déchargea, en même temps qu’elle se mordait les lèvres pour étouffer un petit cri de surprise, bien avant qu’Angéline eût décapuchonné son clitoris. Nora pensa « Enfin ! » et sourit intérieurement, conquise par la volupté saphique. Les formes graciles de sa princesse étaient certes aux antipodes des charnures sculptées et titanesques qui la ravissaient d’ordinaire, pourtant la sensualité et la douceur faisaient merveille là où les forces brutales imposaient leur diktat. Les caresses progressaient toujours, nullement effarouchées par les soupirs qui les accompagnaient. La bouche s’égara dans une forêt de légères broussailles, une toison de poils courts qui envahissaient le mont de Vénus, le bien nommé ce jour.
Vénus ! Nora la sollicitait, ayant perdu tous repères.

La langue d’Angéline gravissait délicatement le renflement graisseux qui habillait la protubérance osseuse, puis en luge impudique, elle dévalait la pente jusqu’à la jonction des grandes lèvres, écartant l’ultime rempart. Celles-ci dévoilaient les replis secrets des nymphes, et ondulaient, quasi vaporeuses, sous la brise éthérée qu’exhalait la « religieuse ». Alors que Nora tendait vers l’avant son bassin pour accélérer la dégustation de son intimité, Angéline se recula un peu de manière à fermer les cuisses de la jeune femme, et cela, presque contre la volonté de leur propriétaire. Celle-ci ne connaissait du gamahuchage que l’angle plat (ou pour ainsi dire) ouvrant son bas-ventre aux curieux, s’ils existaient. La pratique habituelle sollicitait des doigts, quelquefois ceux de ses partenaires, le plus souvent les siens. La brute a ses limites, convenait-elle — c’était le prix à payer —, notamment dans le domaine de la conversation en compagnie de « ceux qui ne se passionne que pour les produits dopants usités en salle de musculation ». Les relations étaient donc trop brèves pour s’ingénier à apprivoiser ces rustauds ithyphalliques, ce qui condamnait à l’échec toutes tentatives d’apprentissage.

Son bréviaire, d’ordinaire si brutalement effeuillé, fut dans la circonstance exploré à l’anglaise, jambes jointes et fléchies, par un ange de délicatesse. Plus d’accès possibles par le pénil, mais la douce maîtresse contourna l’obstacle des globes fessiers et suivit le sillon qui conduisait à la fourchette, humectant au passage l’anneau fripé. Elle ignora de la sorte le clitoris de Nora, qui pourtant, se rengorgeait jusqu’à oser une timide sortie hors de sa petite grotte. Angéline ancra son pubis contre les omoplates de sa partenaire et tenait fermement le ventre de celle-ci. Elle immobilisait ainsi le bassin, et facilitait le cheminement de sa langue disposée en cap dans la vallée. Chaque relief fut arpenté, méthodiquement, savamment, et elle atteignit la charnière de l’éventail ouvert. Là, dans un rythme plus soutenu, elle commença un va-et-vient entre les bords curvilignes du puits convoité. Les nymphes se firent soierie délicieuse tandis qu’Angéline plaquait ses lèvres plus hermétiquement afin de boire la jouissance de Nora et d’aller plus avant de sa pointe linguale. Approchant un peu plus encore son visage de la fente, elle frôla à maintes reprises des cils la capeline du bouton qui en jaillit pour profiter pleinement, lui aussi, de la caresse. Nora n’avait désormais pas plus de vocabulaire que les primates qui la possédaient de coutume. Elle cria tout de même une insulte incroyablement vulgaire à l’encontre de sa conquérante lorsqu’elle sentit l’index et le majeur de celle-ci lui percer le cul.
Puis elle sombra dans une forme de coma extatique qui dura quelques minutes.

Quand elle reprit ses esprits, Angéline avait changé de position. Le souffle était sur sa nuque et la douceur de la bise avait fait place à la brûlure du sirocco. Mais la surprise procéda de ce paquet palpitant qui l’emplissait complètement et très profondément. Ses fesses, propulsées en arrière, accueillaient en leur sein un membre très déconcertant qu’elle ne pensait pas compter dans l’inventaire des aptitudes de la « religieuse » ; il n’y avait rien de traditionnellement saphique dans les mouvements mesurés d’Angéline alors qu’elle faisait aller et venir son étonnant phallus en son amante, tout en glissant ses paumes sur l’intérieur de ses cuisses.
Nora sentait les veines gorgées de sang battre à l’unisson contre le voile fin qui recouvrait les terminaisons nerveuses de ses entrailles ; si le pieu n’était pas de chair, il était incroyablement bien imité. Comme elle succombait à un nouvel orgasme montant à la façon d’un tsunami ravageur du plus profond d’elle-même, elle choisit de ne pas se préoccuper pour le moment de ce détail. La sœur caressait toujours le haut de ses jambes et grimpait par instant de manière à exciter avec délicatesse le sillon interlabial en l’effleurant, puis une main se saisit comme d’un manche de son clitoris qui avait lui aussi démesurément grossi.

Angéline branlait maintenant Nora au comble de l’extase ; elle englobait dans le geste ample les lèvres devenues testicules. Les belles éjaculèrent de concert, sans d’autres sons que le bruissement des draps saccagés par les spasmes dont étaient secoués leurs corps.
Tout en recouvrant un peu de calme, Nora se pencha pour observer ce bouton qui avait tant grandi. Une queue, qui se muait en limaçon après son exploit, le remplaçait. Elle reprenait petit à petit sa place, jusqu’à disparaître dans les plis de sa vulve désenflée. Elle percevait, dans le même temps, la reptation inverse de celle d’Angéline dans son anus. Cela confirma qu’elle avait vécu quelque chose d’étrange. Elle ne s’était jamais vraiment abandonnée à des fantasmes sur les amours entre filles, mais était tout de même sûre qu’il fallait un apport extérieur pour qu’elles pussent se remplir quand elles le désiraient. La métamorphose de la minuscule capsule en énorme vit n’était jamais ni décrite ni mentionnée dans aucun des livres qu’elle avait parcourus. Le souffle régulier de sa compagne la dissuada de l’interroger à ce sujet.
Elle s’allongea contre son amante assoupie, perdue dans ces pensées. Le sommeil la terrassa à son tour.

Continuer la lecture de « 10, 11, 12, la Mort est jalouse ! (part 1) »

7, 8, 9, crois-tu qu’ils bluffent…

Renan Taggert revient, dans ce troisième opus contant ses glorieuses aventures (souvent plus subies que voulues). Une nouvelle enquête, bien sûr…

Smash the mirror“, disait le poète (en l’occurrence Pete Townshend) et visiblement, les reflets font plus qu’inverser les situations. Pourtant, une certaine logique règne en ces lieux chaotiques.  Je m’en voudrais de dévoiler plus l’envers du décor : voilà pourquoi je vous propose deux extraits piochés au début du livre, alors que l’univers confortable de Théo n’a pas encore tout à fait sombré dans ce que je n’hésiterais pas à qualifier de folie… Ah mais attention, pas une folie douce.

… ça va saigner !

(sortie annoncée : 20 janvier)

1couv-789-titre-reserve-v4-ok_large[…]

Théo cédait enfin, il allait cesser ses atermoiements pour la combler — puis recommença la partition des gammes frustrantes sur les cuisses. L’amusette dura — une éternité, songea-t-elle — quelques longues minutes qui satisfaisaient pleinement le goût prononcé du jeu de son partenaire. Les ornements virtuels qu’il esquissait sur la peau de l’aimée se transformaient en autant de fils de braise. La jeune femme était étourdie par un besoin viscéral d’être empalée par la queue qu’elle imaginait raide et très dure. Elle tendit le bras en arrière pour la saisir afin de sentir les palpitations dans sa paume. Elle l’approcha de la fournaise de son sexe ruisselant ; le pieu devait impérativement éteindre son envie en la clouant si elle ne voulait pas devenir folle. Les flammes montaient désormais le long de son échine et vrillaient sa colonne vertébrale, la ployant sous l’effort des muscles tétanisés par la frustration.
Théo jubilait. Il se dégagea d’un mouvement de bassin de l’emprise des caresses sournoises tandis qu’il alla cueillir les seins de Lucy. Il bloquait ses poignets afin de l’empêcher de se branler — elle devait faire taire les élancements de son ventre coûte que coûte, alors qu’il refusait, quel salaud, de la baiser — tout en l’enveloppant de ses mains en conque. Une fois qu’il l’eut immobilisée, il plaqua son pubis contre ses fesses et glissa le serpent nerveux à la lisière de ses lèvres. Elle poussa un petit cri, enivrée par l’espoir d’être remplie du large membre. Malgré la prise ferme qui la paralysait, elle entreprit une habile reptation de manière à brusquer son tortionnaire et à aspirer la tête de l’aspic qui tapotait à son huis. Elle le sentit s’enfoncer avec délectation dans sa chatte, ventouse insatiable ; elle inspirait simultanément avec la bouche à l’unisson de sa vulve. Il se cambra pour s’échapper de ce doux piège. Elle trépignait. Le désir devenait douleur, jusqu’aux aréoles délicatement malaxées par des doigts prévenants qui la picotaient. Son corps entier n’était qu’un sexe en fusion.
Il la connaissait si bien. Il savait que le jeu devait finir. Il axa sa queue de façon à la glisser très profondément en elle, sans autre forme de politesse. Il fut — en contraste avec les attentions qui l’avaient portée au paroxysme de la tentation — très brutal quand il la baisa. Elle hurla qu’elle l’aimait, qu’il devait la défoncer, que le diable l’enculerait s’il ne s’en chargeait pas sur l’heure. Elle jouit sous les coups violents. Il la labourait avec passion ; il maintint son bassin tandis qu’il la besognait avec ardeur. Elle le supplia de continuer, encore et encore, prétextant qu’une telle salope ne méritait que ça. Il bafouilla qu’il était fou d’elle, tout en cabrant, dans un sursaut ultime, tout son corps contre les fesses de sa chère compagne. Ils crièrent ensemble à l’instant où l’orgasme les terrassa.
Tandis qu’il reprenait douloureusement sa respiration, il avait l’impression que les murs vibraient toujours de leur coït. Des sortes de répliques, pensa-t-il avec ironie, quelques microséismes résiduels qui feraient écho à l’explosion de leur union. Les vitres chantaient une mélopée envoûtante, lui semblait-il. Lucy ne disait rien. Elle avait les yeux mi-clos et paraissait sereine, comblée, satisfaite de sentir le poids de Théo vaincu sur elle.

[…]

2
L’ambianceur était presque nu. Le studio était surchauffé, de manière à accueillir dignement le public naturiste habitué à acclamer son animateur vedette, l’icône préférée des Français de tous âges et de toutes conditions sociales, celui qui avait décidé que le jeu qu’il présentait ne serait plus diffusé s’il n’était pas en phase avec la mode du moment ; la mode du moment était une volonté de retour à des valeurs saines, ancestrales, à la gymnité édénique, celle du père de toute l’humanité, et d’une de ses compagnes créées par Celui-Qui-Va-Revenir.
« Mesdames et messieurs, je vous demande d’applaudir comme il le mérite le magnifique, l’unique, le divin Maximilien Saint-Jones. Mesdames et messieurs, Maximilien Saint-Jones. »
Saint-Jones entra en courant sur le plateau. Il contempla avec une certaine joie ces humbles venus lui assurer qu’il avait changé leur vie, la tristesse de leur quotidien. Saint-Jones n’était pas mégalomane puisqu’il était le dieu de ces pauvres gens. Cette pensée lui traversa l’esprit, lorsqu’il surprit l’œillade chargée de mépris de Rémy, tandis que celui-ci battait frénétiquement des mains afin d’impulser la fureur dans le public pourtant déjà en pâmoison. Saint-Jones se promit de virer ce malpropre, cet homoncule qui ne rendait pas l’hommage dû à son statut. Il était Saint-Jones, par Aldonse Qui-Fît-Tant-Souffrir, nom de Celui-Qui-Va-Revenir, Saint-Jones, Saint-Jones… Son patronyme même était du miel pour les ouïes défaillantes des vieillardes édentées du premier rang. Elles exhibaient fièrement des autocollants à l’effigie de Maximilien Saint-Jones qui paraient d’infertiles tétines flasques cheyant sur leur ventre veiné de vergetures.
« Bonsoir ! Merci de nous accueillir, chez vous, pour une nouvelle émission de votre jeu préféré : un bâillon tout neuf. »
À l’énoncé du titre de ce défi télévisuel, les occupants des plus hautes banquettes qui lui faisaient face sautèrent sur place, mettant en péril la bonne tenue des gradins. La foule hystérique témoignait de sa passion virulente pour le concept révolutionnaire dont il était le créateur — Maximilien Saint-Jones est un génie — et le producteur en plus d’en être le si talentueux animateur. Tandis qu’il se régalait de l’accueil réservé à lui-même, il avança la main vers le rideau à sa droite ; il regrettait de ne pas être aussi Miss Faimvalle, la charmante jeune fille mannequin de son état, qu’il désignait ainsi. Elle arborait pour seul vêtement sur sa silhouette décharnée un ruban de cuir serrant entre ses lèvres entrouvertes une poire d’angoisse.
Rémy, qui en pinçait pour elle, ne pouvait pas cacher l’érection que provoquait chez lui la vue du bâillon luisant. Miss Faimvalle minaudait, gracile et virevoltante, ce qui accentua encore la tension de la queue du chauffeur. Une invitée du public profita de son passage au plus près d’elle pour engloutir la bite offerte si complaisamment ; Rémy se dit… Non, il n’eut pas le temps de se dire quoi que ce soit, car Maximilien Saint-Jones avait déjà rejoint sa stèle pour lancer la première épreuve du jeu télévisé le plus populaire de tous les temps.

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Lizzie, sexploratrice du temps – Époque 5 : l’œil de Néfertiti (extrait)

Bandeau-Numilog-Lizzie-6epL’album de photographies compromettant (voir les épisodes précédents) a échappé à Lizzie et Charlus. Celui-ci remue ciel et terre pour mettre la main sur les clichés très suggestifs de son officier formateur pendant que celle-ci préfère les charmes d’un très jeune artisan sculpteur qu’elle initie aux joies du sexe sous le soleil torride (et insupportable pour sa carnation de rousse aux mèches d’or) de l’Égypte antique.

extrait :

Lizzie regardait Nebaton à la dérobée. Elle cherchait dans la jeunesse de sa physionomie l’homme qu’elle avait croisé quelques années auparavant. Une trentaine d’années séparait l’apprenti du sculpteur expérimenté qui avait tressailli en apercevant une chevelure rousse, mais les traits burinés et la dureté du travail accentuaient les dégâts occasionnés par l’âge. Elle se demandait s’il trouverait une compagne et s’ils auraient des enfants. Elle se promit de revenir épisodiquement observer l’évolution de la carrière de l’éphèbe devenu adulte entre ses mains expertes. Elle savait qu’elle ne tiendrait pas parole. Nebaton était une passade, une friandise qu’elle s’offrait comme elle profitait des autochtones de toutes époques dans sa quête effrénée de sexe entre chaque mission. Lizzie avait porté la notion de tourisme érotique à l’acmé du genre ; elle métamorphosait seulement les classiques destinations lointaines et exotiques en périples spatiotemporels.
Il y avait tout de même une différence notable dans cette escale en Égypte : elle avait improvisé ses vacances pour se changer les idées pendant que Charlus cherchait le livre qu’il avait égaré pour la deuxième fois en cent ans. Elle aspirait surtout à perdre le souvenir de l’alchimiste, de cet homme étrange qui occupait une bonne part de son esprit. Lizzie ne savait pas si la fréquentation d’un immortel voyageant dans le temps de façon linéaire était une infraction caractérisée dans les directives de la Section Chronoprospect, mais dans le doute — et pour son confort mental —, elle préférait l’oublier.
L’affection qu’elle ressentait pour Nebaton n’était pas du tout du même registre. Il était jeune, beau et il apprenait très vite, mais elle avait connu d’autres jeunes gens beaux qui apprenaient vite au travers des siècles. Elle sentait aussi qu’il s’attachait à elle, mais cela, elle s’en moquait. L’évidence voulait qu’il la transformât en une icône sacrée, parce qu’elle était à jamais mystérieuse et inaccessible ; cette perspective ne déplaisait pas à la sous-colonelle Stromb.
Elle partirait le lendemain. Cette nuit serait la dernière qu’elle offrirait à son amant.

La pièce embaumait le cèdre, mais également le nard et le santal dont s’était enduite Lizzie. Elle souhaitait, par pure mégalomanie, que cet ultime huis clos restât gravé dans l’esprit du sculpteur ; elle avait revêtu pour l’occasion les atours d’une reine. Ses ongles dont le vernis incorporait une poudre d’or crissaient sur le lin de sa tunique finement tissée et serrée à la taille par une ceinture tressée. Chaque mouvement entrebâillait les pans ourlés d’un fil vermeil qui dessinait une frise sobre et élégante ; elle sortit du panier quelques mets — bière, hydromel, fèves, poissons grillés et quelques feuilles fraîches de khat — qu’elle disposa sur une table improvisée. Ses seins généreux luttaient pour échapper à l’emprise de la tenue et Nebaton ne quittait pas des yeux les globes pleins prêts à jaillir tandis que Lizzie se penchait pour verser dans un gobelet d’étain un liquide ambré. Elle regardait avec gourmandise le pagne du garçon se tendre et creusa un peu plus ses reins pour accentuer l’animation de sa poitrine qui l’affriolait visiblement. Elle lui présenta la coupe et se servit à son tour sans renoncer à son manège. Avant de porter à sa bouche l’alcool léger, elle dénoua la ceinture de son habit ; celui-ci s’ouvrit totalement et elle s’approcha jusqu’à effleurer le corps musclé qui vibrait d’émotion devant les courbes sensuelles de l’étrangère. De sa main libre, elle saisit le pic culminant à hauteur de ses hanches. Le jeune homme gémit.

Cette cinquième époque est disponible sur le site des éditions Dominique Leroy.

Elle est aussi disponible sur Amazon.

Lizzie – quatrième époque

L’affaire des photographies nécessite le concours de Lizzie, qui part en mission au début du xxie siècle avec le cadet Charlus. Direction : une librairie où l’album original se trouverait. Entre les rangées de livres, les protagonistes font cependant de déconcertantes découvertes…

Lizzie !
Lizzie !

Extrait :

— Non, je suis bien avec toi et j’ai prévenu Joseph. Mais je m’inquiète, c’est tout ! », répliqua Chantal avec un sourire timide.
Les deux femmes étaient étendues, face à face, chaleur contre chaleur. Les regards s’embuèrent subitement quand leurs lèvres se joignirent. Leur baiser fut long et passionné, mais Lizzie était absorbée par d’autres pensées. Les amours saphiques n’avaient pas sa préférence, même si elle avait enjôlé la libraire sans vraiment savoir pourquoi. Une soirée sans doute trop arrosée, alors que la sous-colonelle Lizzie Stromb désirait comprendre pourquoi une Parisienne d’une vingtaine d’années de plus qu’elle vivant en ces temps reculés lui ressemblait comme deux gouttes d’eau. Elle la questionna à propos de sa famille, ses enfants, mais les réponses étaient toutes négatives. Chantal n’avait que Joseph Pellegrini dans son entourage proche et peu de souvenirs. Elle s’était faite très discrète au sujet de son passé comme si elle tentait de dissimuler une blessure trop cruelle pour être dévoilée à une inconnue devant un verre de Châteauneuf-du-Pape capiteux qui montait très vite à la tête. La conversation dévia rapidement, les jambes s’entrelacèrent et les mains s’aventurèrent dans les ombres et les creux de chairs musquées. Lizzie, peu habituée à la rudesse des vins de cette époque — le xxxiie siècle ne tolérait pas de boissons titrées à plus de quatre degrés d’alcool —, oublia son peu d’appétit pour les filles et se jeta sous la table. La nappe masquait la scène. Elle ouvrit les cuisses de Chantal trop grisée pour refuser l’hommage.
Elles quittèrent l’établissement enlacées étroitement sous les regards effarés des consommateurs enivrés.
Lizzie continua sa dégustation sur la banquette arrière de la voiture de Chantal. Nonobstant la position inconfortable, celle-ci apprécia à sa juste mesure les attouchements sensuels que lui prodiguait sa cadette. Elle enserrait le cou de celle-ci entre ses jambes dépliées, puis poussait du talon la passionnée qui œuvrait des doigts entre ses lèvres brûlantes. Langue et phalanges prenaient part au festin et se régalaient des flux qui coulaient en flots ininterrompus de la fente évasée ou plongeaient plus avant entre les nymphes. La libraire, au comble de la félicité, retenait ses cris, mais la montée violente du plaisir eut raison du vernis de réserve. Il craquela tandis que des piques suaves aiguillonnaient chaque parcelle de son corps. Elle sentit une chaleur intense partir de son bas-ventre et le rugissement qu’elle émit malgré sa pondération habituelle résonna longtemps dans l’habitacle étroit. Quelques passants, surpris, sursautèrent légèrement en passant près du véhicule ; par bonheur, les vitres opacifiées par de la buée cachaient au monde l’étreinte et la moralité fut sauve.
La joute continua dans une chambre d’hôtel, terrain neutre, car Chantal refusa l’accès de son appartement à son amante, arguant que Joseph ne comprendrait pas. Le prénom, mentalement traduit par Lizzie en italien, la fit tressaillir. Elle ressentit instantanément des rais de désir qui vrillèrent son bassin. Elle profita de la bouche de l’aînée sans arrêter d’imaginer la queue magistrale du comte Pellegrini, celui qu’elle avait rencontré au xviiie siècle. C’était le même homme, il n’y avait aucun doute. Par quel miracle ?

le Sosie de Lizzie, sexploratrice du temps, est disponible chez tous les libraires numériques, et notamment ici :

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L’œuvre au noir (Lizzie et la pierre philosophale – extrait)

Lizzie et la pierre philosophaleÀ la hâte fut préparée une chambre à l’usage de la compagne de voyage de Giuseppe. Celle-ci profita du fait que les deux hommes conversaient à propos de tout et de rien — lui semblait-il — pour se rafraîchir et se reposer un peu. Lizzie avait dans le crâne des projets bien arrêtés concernant le comte Pellegrini et son énorme « engin ». La légende disait vrai, l’alchimiste était doté par la nature d’un phallus aux dimensions très peu courantes ; la jeune femme répétait pour elle-même « très » en roulant des r comme si cela accentuait encore les proportions du sexe.
Elle entendit les pas de Giuseppe résonner dans le long couloir qui desservait les pièces de l’étage. Machinalement, elle se recoiffa, remonta son bustier et passa la tête dans l’entrebâillement de la porte pour être sûre qu’elle ne se trompait pas de personne. Apercevoir la chevelure d’or et de cuivre dans l’ouverture fit sourire le visiteur.
« Vous êtes une belle âme incarnée, Lizzie, tels ces cristaux que l’on trouve dans les mines de la péninsule de Kassándra, en Grèce. Vous êtes un soleil, ma chère, la lumière qui brise l’épaisseur de l’obscurité et troue la nuit, un fanal mythologique émergé des eaux noires du Styx. »
Il éclata de rire. Puis il s’approcha d’elle et tendit la main.
« Venez, ne soyez pas timide ! Notre hôte ne peut pas nous entendre. Il sommeille dans une alcôve arrangée au-dessus de l’écurie. Le vicomte est âgé ; la chaleur des bêtes réchauffe tant bien que mal ses vieux os. »
Tandis qu’il la guidait dans sa propre chambre — à la grande joie de Lizzie — il continua :
« Vous ne pouvez pas éprouver la fortune de la jeunesse à sa juste mesure, mais comprenez bien que l’apparence n’est pas l’être ! Vous appréhenderez cela demain, quand nous irons visiter mon laboratoire. Pour l’instant… »
Giuseppe ne finit pas sa phrase. Il enlaça la jeune femme et chercha sa bouche dans un élan de tendresse qui la surprit. Elle goûta les lèvres, non sans penser que ce cérémonial ne devrait pas non plus s’éterniser. Le siècle d’où elle venait était pragmatique. Lizzie allait droit au but, et dans le cadre de cette rencontre précisément, seul le vit démesuré de Pellegrini l’intéressait. Elle savait aussi que l’époque était à un romantisme exacerbé. Le galant, quand il ne violait pas la paysanne, la courtisait longuement. Aucune de ces deux options ne lui plaisait ; la sous-colonelle Stromb se résolut à prendre l’initiative. Giuseppe la serrait fortement contre lui. Elle sentait le pieu d’acier contre le haut de son ventre et cela l’électrisa. Elle tenta de se dégager pour débraguetter le bandeur, mais il assura sa conquête ; il visitait avec passion la bouche de son amante d’une langue preste. Il la poussa fermement vers la couche et l’étendit sans stopper ses caresses. Lizzy n’avait d’autre choix que de laisser faire. « Et pourquoi pas, après tout », se disait-elle, « le tourisme, c’est aussi le respect des traditions autochtones », et cette manière surannée que le comte avait de « tourner autour du pot » ne la rebutait pas.
Giuseppe explora chaque millimètre de peau et effeuilla sa dame pétale par pétale. Les nombreuses parures volèrent dans la pièce, nuages de soies et de dentelles qui ondulaient dans l’heure suspendue. La magie du diable d’homme consistait à faire perdre à Lizzie toute notion du temps, ce qui était un comble pour un officier de la Section Chronoprospect voguant d’ère en ère. Celle-ci piaffait d’impatience. Elle mesurait à la chronicité des vibrations la connaissance parfaite de l’anatomie féminine ; l’alchimiste était maître dans l’art de la pâmoison de ses conquêtes. Elle sentait presque sa chevelure devenir auréole de flammes tant le regard fasciné du comte la brûlait au plus profond d’elle-même. Elle était maintenant intégralement nue, alors que lui voltigeait de ses seins à ses genoux dans des habits à peine désordonnés. Elle tenta une nouvelle fois d’extraire la queue convoitée. Boutons ou lanières ? Elle ne comprenait pas comment son amant était accoutré et se promit de s’intéresser plus précisément aux modes vestimentaires avant d’entreprendre son prochain voyage d’études. Elle trouva finalement l’extrémité d’une aiguillette et tira dessus ; l’effort fut profitable, car l’énorme rondin vint naturellement se caler dans le creux de sa paume. Elle le branla aussitôt vigoureusement.
Le pieu était sombre et gorgé de sève qu’elle voulait faire jaillir. La source n’était pas tarie, même si le Méridional coquin n’avait pas encore libéré le flot de sperme qui inonderait sa conquête. Il ne tarderait pas à jouir, elle s’en faisait le serment ; elle l’astiquerait tant et si bien qu’il ne pourrait plus retenir quoi que ce soit. Elle s’en lécha les babines par avance. Giuseppe la laissa faire ; il offrit son pubis pour que Lizzie pût mesurer l’ampleur de l’érection. Pendant qu’elle le manipulait sans vergogne, il la caressait plus savamment ; il alternait langue et doigts aux abords de sa fente qui devenait oblongue à mesure qu’il la titillait. L’ovale s’arrondit davantage quand il glissa quelques phalanges. Il les enfonça jusqu’à la paume et suivit un rythme personnel, qui sans être chaotique, mêlait accélérations et apaisements, dans le temps où elle-même battait la cadence à la triple croche. La main de la jeune femme semblait floue tant elle allait vite autour du mât. Elle haletait, crispée par l’effort. Elle oubliait presque les tensions électriques de plus en plus nombreuses qui ravinaient ses reins. Pourtant, il était question d’amour-propre et de son honneur de diablesse libidinale. Pellegrini l’avait prise sans déferler, donc elle le ferait cette nuit éjaculer avant que son bas-ventre, qu’il besognait si adroitement, explosât en mille braises étincelantes.
L’orgasme la surprit. Elle avait décelé les prémisses de l’extase, mais imaginait ignorer celles-ci. Le baiser incroyablement tendre qu’il posa sur ses lèvres entrouvertes fut déclencheur ; quand leurs langues s’acoquinèrent et valsèrent aux palais en des rondes sensuelles, un cri — étouffé — guttural annonça la défaite de la rousse aux mèches d’or. Sa main devint plus molle, sans pour autant lâcher la queue de son amant. « Toi, mon beau salaud, tu ne perds rien pour attendre. Je vais extraire ton jus et tu demanderas grâce », pensa-t-elle. Son corps ne répondait que par d’infimes secousses. Ces légers spasmes étaient délicieux.
Giuseppe n’avait pas cessé les caresses ; toutefois il était attentif à ne pas effleurer trop longuement les chairs palpitantes toujours gonflées de désir. Lizzie décida de l’emboucher ; il ne lui laissa pas le temps de se pencher sur l’organe convoité. Sans ménagement, ce qui contrastait avec la manière qui était sienne jusqu’à présent, il la retourna, se plaça derrière elle et disposa ses jambes de part et d’autre de sa taille ; il la pénétra alors d’un lent mouvement régulier qu’elle trouva interminable. Quand il l’eut totalement remplie, il resta un instant sans bouger, accroupi, les mains posées bien à plat sur les épaules de la fille clouée par un tenon conséquent. Le moindre tressaillement de celui-ci donnait l’impression qu’un fruit trop mûr allait exploser ; pourtant, Giuseppe ne paraissait pas inquiet quant à sa capacité à pilonner indéfiniment sa proie offerte. « La visite du laboratoire pouvait attendre des jours moins excitants, le sommeil aussi », pensa confusément Lizzie. Quelques balancements plus tard, elle hurlait qu’il la baisait comme jamais personne ne l’avait baisée. Elle l’interpellait avec divers sobriquets, tandis qu’il fouillait les tréfonds de son ventre ; « âne bâté » revenait le plus souvent. Giuseppe ne l’entendait plus. Il accélérait le battement et la turbina avec une respiration haletante de bûcheron. Étrangement, Lizzie fut déçue quand il éjacula. Quelques postillons qui peinaient à gravir la hampe rigide que l’homme enfonçait totalement en elle vinrent à peine irriguer sa matrice. Elle en ressentit une frustration surprenante au regard de l’extase que son « âne bâté » lui avait procurée.
Ensuite, elle estima qu’il aurait pu éviter de s’effondrer de tout son poids sur elle et de lui couper ainsi brutalement le souffle. Ils restèrent dans cette position longtemps ; enfin, il roula sur le côté et s’endormit aussitôt.
La tête appuyée dans le creux de sa main, elle le regardait. Elle chuchota avec une certaine ironie, plus pour elle-même qu’à son endroit : « Presque parfait, vraiment, bravo, bravissimo ! Quel dommage que la conclusion ait gâché un aussi mémorable coït ! Je t’enseignerai quelques rudiments d’éducation que ta lignée a sans doute omis de te transmettre. Néanmoins, rien n’est perdu, mon bel étalon, le plus gros est acquis ! »
Tandis que Lizzie sortait de la chambre sur la pointe des pieds, les ronflements du comte Pellegrini faisaient vibrer toutes les vitres alentour.


Lizzie, sexploratrice du temps.

Série en six époques éditée dans la collection “De fil en soie” aux Éditions Dominique Leroy

Époque 3 – Lizzie et la pierre philosophale : Nouvelle numérique, 58 pages, couverture en couleurs illustrée par Tatiana Shepeleva et Natalliajolliet. Prix éditeur : EUR 1,99

Disponible en format kindle ou chez l’éditeur (epub, mobi et pdf)

Autres titres disponibles :

Époque 1 – Lizzie impératrice

Époque 2 – Lizzie contre Arsène Lupin

Sheela Na Gig

“Sheela-Na-Gig”

been trying to show you over and over
look at these,
my child-bearing hips
look at these, my ruby-red ruby lips
look at these, my work strong-arms
you’ve got to see my bottle full of charm
lay it all at your feet
you turn around and say back to me
he said
sheela-na-gig, you exhibitionist

better wash that man right out of my hair
-“just like the first time, said you didn’t care”
-“heard it before, no more”
-“turn the corner, another one there “
-“heard it before”

he said
sheela-na-gig, you exhibitionist
put money in your idle hole he said
“wash your breasts, i don’t want to be
unclean” he said
“please take those dirty pillows away from me”

Paroles et musique : PJ Harvey

Chaque volume de la tétralogie en cours d’édition chez Dominique Leroy Éditions commence par une courte citation, mise en exergue, situant l’action à venir telle que je la sentais. C’est un extrait de “Nothing’s impossible” du groupe Depeche Mode qui ouvre le bal.

Just give me a reason some kind of sign
I’ll need a miracle to help me this time
I heard what you said and I feel the same
I know in my heart that I’ll have to change
Even the stars look brighter tonight
Nothing’s impossible
(Dave Gahan – Depeche Mode)

Je ne dévoilerai pas pour le moment les trois autres citations. Les livres sortiront en avril et octobre, et cela jusqu’en 2017 ; les lecteurs découvriront alors les divers fragments choisis.

Mais cette magnifique chanson de PJ Harvey pourrait être la “mise en bouche” de l’ensemble des quatre volumes (qui, rappelons-le, peuvent être lus séparément).

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