Sheela Na Gig

« Sheela-Na-Gig »

been trying to show you over and over
look at these,
my child-bearing hips
look at these, my ruby-red ruby lips
look at these, my work strong-arms
you’ve got to see my bottle full of charm
lay it all at your feet
you turn around and say back to me
he said
sheela-na-gig, you exhibitionist

better wash that man right out of my hair
-« just like the first time, said you didn’t care »
-« heard it before, no more »
-« turn the corner, another one there  »
-« heard it before »

he said
sheela-na-gig, you exhibitionist
put money in your idle hole he said
« wash your breasts, i don’t want to be
unclean » he said
« please take those dirty pillows away from me »

Paroles et musique : PJ Harvey

Chaque volume de la tétralogie en cours d’édition chez Dominique Leroy Éditions commence par une courte citation, mise en exergue, situant l’action à venir telle que je la sentais. C’est un extrait de « Nothing’s impossible » du groupe Depeche Mode qui ouvre le bal.

Just give me a reason some kind of sign
I’ll need a miracle to help me this time
I heard what you said and I feel the same
I know in my heart that I’ll have to change
Even the stars look brighter tonight
Nothing’s impossible
(Dave Gahan – Depeche Mode)

Je ne dévoilerai pas pour le moment les trois autres citations. Les livres sortiront en avril et octobre, et cela jusqu’en 2017 ; les lecteurs découvriront alors les divers fragments choisis.

Mais cette magnifique chanson de PJ Harvey pourrait être la « mise en bouche » de l’ensemble des quatre volumes (qui, rappelons-le, peuvent être lus séparément).

Sheela Na GigSheela Na Gig

Un message dans une bouteille médiatique…

J’ai visionné une série TV expliquant que celui qui recherche la liberté par la connaissance est considéré comme le mal !

J’ai vu la mort de Prométhée au profit du serviteur d’une divinité, du gardien du temple qui n’hésite pas à sacrifier pléthore d’humains, considérés comme néfastes – mais-il-les-aime-quand-même – sur l’autel de sa succession. J’ai regardé, béat, un type expliquer que la mort est l’occasion de retrouvailles affectives et amoureuses, l’ultime solution pour être enfin heureux avec ceux qu’on aime, avec ce sous-entendu morbide : « la vie, c’est l’enfer' ».

Pas perdu pour tout le monde

J’ai regardé Lost, et son message nauséabond, admirablement dissimulé sous le fatras d’un rébus digne de lycéens boutonneux.
Comment un tel ramassis de religiosité a-t-il pu avoir autant d’audience sans que personne ne se révolte ?

ça fout la trouille !

Léger décalage (extrait)

La levrette, fresque Musée de Naples - extrait de J. MARCADÉ, Roma Amor, 1968, Nagel, p. 90
La levrette, fresque Musée de Naples – extrait de J. MARCADÉ, Roma Amor, 1968, Nagel, p. 90

Je suis un gentleman. Je vais passer sous silence les diverses évolutions de la première nuit avec Corinne. Il me suffira de dire que le verre proposé fut rapidement posé sur un coin de table, pour libérer mes mains qui partirent à la découverte du corps de ma conquête. J’étais très excité de faire l’amour sans que les odeurs de l’huile de lin et de l’essence de térébenthine ne viennent s’agglomérer à celles de nos corps en fusion.
Je suis un gentleman, mais je dois quand même dire que la vision des fesses rondes de Corinne, de ses seins un peu lourds qui ballottaient au rythme de notre union, de son visage d’abord enfoui dans un oreiller puis redressé dans ce que je pensais être un spasme de plaisir, un cri contenu d’orgasme, accentuait encore mon excitation.
Et je me tournai vers le miroir de la grande armoire, pour admirer d’une manière un peu plus perverse encore son corps devant moi.
Et je remarquai, interloqué qu’elle écrivait sur un petit carnet, quand je l’inondai, dans un dernier mouvement du bassin.

J’attendais de reprendre mon souffle, allongé sur son dos, pendant qu’elle continuait à gribouiller sur le calepin.
–    Qu’est-ce que tu écris ?
–    Je prends des notes. Continue, si tu veux, tu ne me déranges pas.
–    Qu’est-ce que tu écris ? répétai-je, énervé d’avoir été un peu gêné dans mon orgasme par ma partenaire griffonnant sur un bloc-notes à spirales.
–    J’aimerais savoir ! ça me concerne ?
–    Bien sûr que ça te concerne. Je ne prends pas de notes sur mon boucher quand mon amant me baise en levrette !
Et en effet, Corinne notait scrupuleusement toutes mes attitudes, mes réactions, même les mots tendres ou coquins que je lui avais dits pendant que nous faisions l’amour.
Je cherchai des yeux les caméras, ou les micros, qu’elle n’avait certainement pas manqué de dissimuler dans la pièce.
–    Mais…
–    J’en étais sûre. Qu’est-ce qui vous choque tant dans le fait que je prenne des notes quand vous me faites l’amour ?
–    Ce n’est pas habituel ! tu peux en convenir, non ?
–    Je ne sais pas, je n’ai jamais fait l’amour avec un psy. Mais s’il est consciencieux, il se doit de noter les réactions de ses partenaires, en toutes occasions.
–    Tu es… ? Tu es psy ?
–    Oui ! enfin, presque ! Je poursuis des études en parallèle de mon travail.

J’aurais du me rhabiller en toute hâte et quitter cette chambre, cet appartement, ne jamais chercher à revoir Corinne.
Même si elle avait été une amante hors pair.
Au moins jusqu’à ce que j’appelai naïvement un détail.

Elle me changeait tellement de mes clientes-maîtresses, qui levaient le petit doigt en couinant un vaporeux « oh oui » timide et emprunté, avant de me labourer le dos de leurs ongles manucurés.
Corinne, en caressant négligemment mon pénis en repos, me raconta sa passion pour Freud, Jung, Lacan, Wellebrouck, Stoller, et pléthore d’autres noms que je ne connaissais pas.
–    Mais tu vas en faire quoi, de toutes ces notes prises aux dépens… de tes amants ?
–    Je prépare un mémoire. Je veux arriver à prouver que tous ces grands noms se sont trompés complètement sur…
–    … sur quoi ?
–    Non, je n’ai pas le temps de t’expliquer. Je dois dormir, j’ai rendez-vous demain matin. Une importante réunion que je ne peux pas rater.
–    Tu veux que je rentre chez moi ?
–    Je n’osais pas te le demander. Oui, je préfère dormir seule. On se voit ce soir ?

 

…/… à suivre

Macabres Cambrures

« Macabres Cambrures » est sorti  fin novembre chez un éditeur historique et remarquable, Dominique Leroy Editions….

Philippe Cavell - Transes Mécaniques / Editions Dominique Leroy Snel - Collection Vertiges Bulles (1979)
Philippe Cavell – Transes Mécaniques

Sans entrer dans les détails (que vous trouverez ici : Wikipedia), je préciserai juste que Dominique Leroy, ayant choisi de défendre une certaine littérature vendue sous le manteau ou cantonnée dans l’enfer des bibliothèques,  proposa, entre autres, vers la fin des années soixante-dix, une vision plus adulte de la bande dessinée. J’ai ainsi découvert, sans doute rougissant et honteux (j’étais très jeune), deux de mes dessinateurs  préférés, Philippe Cavell (Aka Jacques Hirou, ayant abandonné l’érotisme à bulles au profit de l’architecture) et surtout Georges Pichard.

Georges Pichard - La perfection chrétienne
Georges Pichard – La perfection chrétienne

.

pcfh54
Philippe Cavell – Fanny Hill, femme de plaisir.

 

Georges Pichard - Paulette en Amazonie
Georges Pichard – Paulette en Amazonie

 

Georges Pichard - Couverture de Charlie Hebdo
Georges Pichard – Couverture de Charlie Mensuel n°38 mars 1972

Je suis d’autant plus fier que mon premier recueil de nouvelles érotiques soit proposé par cet éditeur. Il est disponible dans la collection e-ros regroupant sous formats numériques (epub, mobi et pdf) des textes érotiques et libertins.

Jip - Macabres Cambrures / Editions Dominique Leroy
Jip – Macabres Cambrures / Éditions Dominique Leroy

Macabres Cambrures lie Éros et Thanatos. Cléo et Jean, personnages récurrents de ces nouvelles, sont prisonniers de situations troubles et mortifères.

« Jean était seul. Il eut peur, et partit en courant dans la chaleur de la nuit d’été dans un champ de luzerne baigné de lune. Il n’osait pas se retourner, par crainte de ne plus voir la grange. Ou pire, d’apercevoir son amante. »

Marionnettes sortant de scène lors d’un spectacle dont l’érotisme n’a que le drame comme issue, ils se relèvent pourtant à chaque lever de rideau, pour rejouer leur destin dans de nouveaux costumes, sans avoir appris des saynètes précédentes…

 

 

Nota :

1/ Ce recueil appelle une suite.

2/ Un auteur passionnant, Claude Seignolle, est aussi présent chez Dominique Leroy Editions avec un livre étrange, surtout pour ceux qui connaissent ses écrits habituels axés sur le fantastique. Je vous le conseille, c’est un bijou.

Et puis, où trouve-t-on le Diable dont les Évangiles rapportés par M. Seignolle furent un succès et sont désormais un classique du genre, sinon en Enfer (des bibliothèques)

Ville-vacances (1ère partie)

search_results_visual[1]Une pièce meublée de deux bureaux face à face, du côté gauche de la scène, ordinateurs, papiers à entête, sous-mains, stylos, tampons. Un troisième bureau avec le même équipement est en place près de l’entrée, à droite, de profil par rapport au public, presque au milieu de la scène. Une grande fenêtre éclaire l’ensemble, un portrait officiel est accroché au mur, en face de la porte d’entrée. C’est un office municipal. Coralie et Jordan sont de chaque côté de la fenêtre, sirotant chacun un café, tout en regardant dehors.

CORALIE
Ah les pauvres gens !

JORDAN
C’est sûr, ça ne doit pas être drôle !

CORALIE
On ne les a pas pris en traître non plus ! Ils ont largement eu le temps.

JORDAN
(s’écartant brusquement de la fenêtre, pour ne pas être vu du dehors)
C’est Max ! J’espère qu’il ne m’a pas vu !

CORALIE
(guillerette d’être dans la confidence, elle parle à Jordan tout en scrutant l’extérieur)
Tu le connais ? Ah oui, c’est ce fameux copain de lycée dont tu me parles sans arrêt.

JORDAN
(toujours en retrait de la fenêtre)
Il est passé ? Il a tourné la tête par ici ?

CORALIE
Non, il n’a pas eu un regard vers la mairie !

JORDAN
Dis-moi quand il sera loin ! Vois-tu sa femme et ses filles ?

CORALIE
Mais je ne la connais pas, sa femme ! Ses filles encore moins.
(Un temps passe, pendant que Coralie boit une nouvelle gorgée de café tout en regardant dehors, presque avec gourmandise)
C’est bon, il est passé !

JORDAN
(il s’est rapproché de nouveau de la fenêtre)
Ça fait pas mal de monde. Combien de cars Lefort a-t-il prévus ?

CORALIE
(Elle va à son bureau, fouille dans une liasse de papiers)
Attends que je retrouve le bordereau… ah, je l’ai ! Y’a vingt-cinq cars ce matin, autant cet après-midi.

JORDAN
C’est dix de plus qu’hier ! À croire que le mardi est jour de pointe.

CORALIE
(parcourant le bordereau, pleine de joie et d’admiration pour la machine administrative bien huilée)
Non, ce sera jeudi. On aura quatre-vingt-quatre cars qui vont faire la navette jusqu’au soir. Le grand boum, quoi !

JORDAN
Il nous restera à peine une journée pour tout nettoyer. Ça va être une drôle d’organisation, on n’a pas fini d’entendre Lefort râler.
(il finit son gobelet de café, vitupérant soudain)
Et voilà ! Fallait s’en douter ! La vieille folle qui habite au-dessus de la crêperie fait des histoires…

CORALIE
 (Réfléchissant un court temps)
À c’t’âge là, elle serait mieux au cimetière, non ?

JORDAN
Ce sont les retraités qui ont voté en majorité pour le maire. Ils ont leur utilité !

CORALIE
Les vieux ET les commerçants.

JORDAN
Les commerçants, c’est quand même la moindre des choses. On se décarcasse pour eux, tout d’même. Et la plupart n’habitent même pas la ville.

CORALIE
(surprise)
Eh, mais oui, c’est vrai ça ! Ils ne sont pas inscrits sur les listes électorales ici ! Avec tout ça, je crois que le maire a eu raison de faire voter par le conseil un mandat renouvelable par tacite reconduction.

JORDAN
(Éclatant de rire)
C’était pas bête, comme idée ! Comme ça, un élu n’a plus besoin d’électeurs.
(rêveur)
Il est tout de même très intelligent, m’sieur l’maire !

CORALIE
Au moins, il a les coudées franches pour ce type de décision assez impopulaire.

JORDAN
Impopulaire ? Ils ne sont jamais contents, c’est un comble !

CORALIE
Ils devraient être fiers de leur ville, et au lieu de cela, ils marchent vers les cars les yeux dans le vide, ou se cramponnent au chambranle de leur porte ! Dans quel monde vivons-nous ! Tu sais, souvent je me dis qu’on travaille pour des ingrats !

JORDAN
Tu as tout à fait raison. Ce n’est pas en restant dans son appartement qu’on devient la troisième ville touristique de France.

CORALIE
Mais ça, ils ne s’en rendent pas compte.
(criant à travers le vitrage)
Allez, marchez, tas d’ingrats !

JORDAN
Si Lefort t’entendait ? Ah ah ah, il nous a encore dit la semaine dernière : de la dignité avant tout !

CORALIE
On voit bien que ce n’est pas lui qui se tape tout le boulot !

JORDAN
Faudrait s’y mettre, d’ailleurs ! Ils étaient déjà une cinquantaine quand je suis arrivé ce matin.

CORALIE
Allez, on y r’tourne. Oh, regarde la gamine ? Ce n’est pas la fille de la fleuriste de la rue Dullin ?
(éclatant de rire)
Elle a pété les lunettes du type en pyjama…

JORDAN
(laissant passer un temps)
En pyjama ! Ah, parle-moi de dignité ! Alors qu’ils le savent depuis presque un mois ! T’as l’occasion de faire ta valise ET de t’habiller, dans ce laps de temps, quand même.

CORALIE
Laisse tomber, va ! On ne les refera pas !

Ils retournent vers leurs bureaux respectifs, Jordan totalement à gauche, et Coralie près de l’entrée.

JORDAN
Préviens l’accueil qu’on va recevoir les postulants.

 

…/… à suivre

Update

Théâtre, pièce en quatre actes.

images_couv_perso_18156 copie« Update » a été créée le 11 juin 2013 à Paris, au Bouffon Théatre (19e), par la compagnie Cléo & co.

Ils en parlent : LES SOIRÉES DE PARIS

 

Personnages :

–          Gabrielle, quadragénaire, journaliste. Elle se découvre une fascination pour les smartphones et en devient « esclave ».

–          Thomas, compagnon de Gabrielle. Collectionneur, il est passionné d’objets hétéroclites qu’il chine, notamment ceux ayant trait à l’histoire du sport.

–          Carole, journaliste et collègue de Gabrielle. Elle développe la même fascination pour les smartphones, autant par snobisme que par désir d’être « à jour » avec les dernières évolutions. Sa vie sentimentale est exclusivement numérique et les ruptures avec ses amants de tous les coins du monde, fréquentes.

–          Jérôme, informaticien, copain de fac. de Thomas et ancien collègue de travail. Il plaque tout pour se lancer dans l’apiculture sans avoir la moindre notion sur l’élevage des abeilles.

–          Voix électronique. Elle rythme les mises à jour des applications installées sur les divers smartphones de Gabrielle, jusqu’à devenir la voix de la « numérisation » finale de la jeune femme.

Synopsis :

Voici un couple perdu dans la tourmente du monde contemporain.

Gabrielle et Thomas sont-ils asservis par ces objets du quotidien, pensés pour ne durer qu’un temps très limité, miroirs aux alouettes du mercantilisme effréné de notre époque entrainant le tandem dans une course sans fin à la surconsommation.

Du besoin à la dépendance, la frontière est mince, Gabrielle en sait quelque chose. La peur, générée pour des raisons commerciales, de ne plus être totalement en phase avec le Monde est plus prégnante désormais que tout ce que lui était cher. Elle devient, sous les yeux de Thomas, esclave des nombreuses mises à jour, engluée dans la toile tissée par les innombrables applications (et leurs updates) souvent inutiles de son smartphone, qu’elle remplace évidemment dès qu’un nouveau modèle est proposé sur le marché. Elle est inexorablement et artificiellement rendue avide de nouveautés par les alléchantes (et autoritaires) propositions publicitaires.

La ronde est folle, et les amis du couple ne sont pas en reste. Carole, collègue de Gabrielle, est condamnée à n’aimer que par voie numérique tandis que Jérôme, copain de Thomas, choisit la vie fantasmée d’un citadin s’imaginant en improbable apiculteur et migrant à l’autre bout du monde à la recherche d’une reine.


Disponible ici : Update (Amazon Kindle)

 

 

 

Osons….

011899-352x500OSEZ 20 HISTOIRES DE SEXTOYS
COLLECTIF
Osez (20 histoires de…)
LA MUSARDINE
Format : 110*178
Référence : Z00011

texte : « Hors-série »

014876-352x500

OSEZ 20 HISTOIRES DE SEXE AVEC DES POMPIERS
COLLECTIF
Osez (20 histoires de…)
LA MUSARDINE
Format : 110*178
256 pages
Référence : Z00017
t
exte : « Feu de paille »

028046-352x500OSEZ 20 HISTOIRES DE SEXE EN 2050
COLLECTIF
Osez (20 histoires de…)
LA MUSARDINE
Format : 110*178
256 pages
Référence : Z00020
t
exte : « Pas sage comme des images »

Le miroir sans tain

Elle jouit seule, toujours, devant une glace sans tain.

Qui dit que c’est mal de jouir ? De quel droit une société, quel que soit son degré de malaise, d’anéantissement, d’avancée libertaire, voire de démocratie, juge-t-elle du plaisir que peuvent prendre ou se donner ses membres ?

Seule, toujours ! Elle n’a envie de personne ! Elle jouit seule devant une glace sans tain.

Elle a besoin d’imaginer que des hommes la regardent pour atteindre l’orgasme, des inconnus ! Ah, ce n’est pas tous les jours, son extase n’est pas réglée comme une horloge malgré sa délicatesse et la complexité de ses rouages. Mais savoir que derrière ce reflet, des mâles peuvent à leur tour se branler en fixant son sexe dévoilé, lui permet d’accéder au paroxysme de la jouissance. J’ai fait installer un miroir ouvrant sur sa chambre, sur ses abysses intimes. Alors, telle une Madame Loyale, en uniforme chamarré découvrant des seins opulents qui attirent — je le constate — le regard des chalands dans la rue, elle invite au spectacle de sa nudité, à l’aventure de ses mains explorant chaque secret de son anatomie.

De ses doigts qui parcourent les doux replis de chairs tendres, elle attend les incidences d’une mécanique qui n’est pas toujours infaillible. Elle cambre son corps, offrant à ces regards dissimulés le meilleur angle de ses courbes. Il est tendu et forme une arche de volupté. Le dos est vouté dans une contraction musculaire involontaire, brutale et inattendue tandis que ses reins se creusent et projettent son ventre vers le ciel de lit. Elle sent que ces messieurs bandent en la contemplant ainsi, qu’ils ont la bave aux lèvres, devant les siennes aussi humides et entrouvertes. Et de cette concupiscence ressentie, elle tire la légèreté indispensable à ses orgasmes. Là, elle crie, vitupère, éructe, presque violente, alors que ses phalanges pénètrent et fourragent, tantôt raides, sinon un peu recroquevillées pour toucher la face interne à l’unisson de son clitoris et appuyer sur la rugosité de cette zone si sensible. Elle est secouée de spasmes terribles et jette son bassin en avant dans une danse obscène, lançant sa vulve vers la vitre glacée, cherchant à provoquer encore plus les érections de ses compagnons inconnus. Quand elle jouit une première fois, elle espère qu’ils retiennent leur foutre pour être encore en état de la mater derechef.

Je connais la question que tu te poses.

Si un de ces voyeurs tentait de la toucher, de la caresser, de la prendre pendant une de ces séances d’exhibition, sa jouissance retomberait aussitôt, comme un soufflé sortit maladroitement du four. C’est leur regard qui l’électrise, pas leur vice. Se sentir intouchable lui procure tant de plaisir, cependant que leur phallus érigé n’est qu’une agression dont elle se passe volontiers. Même leur visage tordu par l’envie ne lui fait aucun effet. Alors que les savoir la queue raide et les yeux exorbités derrière ce miroir sans tain, hors de portée, est très excitant. Très excitant et rassurant aussi, elle est protégée, à l’abri dans une forteresse sous leurs œillades, mais loin des pointeaux qu’ils exhibent et qu’ils brandissent, prêt à la pourfendre, à l’ouvrir en partant de son ventre offert et trempé. De ses cuisses sur lesquelles coule l’hydromel de son sexe en fusion, elle n’enserre rien qu’un amant imaginaire. Mais ses mains sont reines, ses doigts vont et viennent de plus en plus profondément, crescendo. Les soupirs qu’elle ne retient pas, les gémissements et les petits cris sont autant de coups de fouet à leur désir de la baiser. Et elle n’est pas à eux. Elle ne le sera jamais. Elle pénètre son anus d’un auriculaire connaisseur, provoquant de nouvelles vagues de félicité qui l’amènent à crier. Elle prend tant de plaisir à se faire jouir seule, sans autre contrainte que son appétit et sa soif d’exhibition. Soif d’amour aussi : elle veut qu’ils l’aiment quand ils éclabousseront la vitre du miroir, son côté obscur. Elle réclame que leur sperme la divinise, qu’il lui fasse une auréole imaginaire alors qu’elle crispe une dernière fois ses cuisses sur le spasme final. En laissant son corps s’affaler sur la couche, elle est parcourue de maints frissons.

Une fois rhabillée, Amélie quitte les lieux par une porte dérobée. Elle rentre fourbue et apaisée chez elle, ignorant le pas rapide de l’homme qui la suit.