Archives mensuelles : juin 2014

Ville-vacances (1ère partie)

search_results_visual[1]Une pièce meublée de deux bureaux face à face, du côté gauche de la scène, ordinateurs, papiers à entête, sous-mains, stylos, tampons. Un troisième bureau avec le même équipement est en place près de l’entrée, à droite, de profil par rapport au public, presque au milieu de la scène. Une grande fenêtre éclaire l’ensemble, un portrait officiel est accroché au mur, en face de la porte d’entrée. C’est un office municipal. Coralie et Jordan sont de chaque côté de la fenêtre, sirotant chacun un café, tout en regardant dehors.

CORALIE
Ah les pauvres gens !

JORDAN
C’est sûr, ça ne doit pas être drôle !

CORALIE
On ne les a pas pris en traître non plus ! Ils ont largement eu le temps.

JORDAN
(s’écartant brusquement de la fenêtre, pour ne pas être vu du dehors)
C’est Max ! J’espère qu’il ne m’a pas vu !

CORALIE
(guillerette d’être dans la confidence, elle parle à Jordan tout en scrutant l’extérieur)
Tu le connais ? Ah oui, c’est ce fameux copain de lycée dont tu me parles sans arrêt.

JORDAN
(toujours en retrait de la fenêtre)
Il est passé ? Il a tourné la tête par ici ?

CORALIE
Non, il n’a pas eu un regard vers la mairie !

JORDAN
Dis-moi quand il sera loin ! Vois-tu sa femme et ses filles ?

CORALIE
Mais je ne la connais pas, sa femme ! Ses filles encore moins.
(Un temps passe, pendant que Coralie boit une nouvelle gorgée de café tout en regardant dehors, presque avec gourmandise)
C’est bon, il est passé !

JORDAN
(il s’est rapproché de nouveau de la fenêtre)
Ça fait pas mal de monde. Combien de cars Lefort a-t-il prévus ?

CORALIE
(Elle va à son bureau, fouille dans une liasse de papiers)
Attends que je retrouve le bordereau… ah, je l’ai ! Y’a vingt-cinq cars ce matin, autant cet après-midi.

JORDAN
C’est dix de plus qu’hier ! À croire que le mardi est jour de pointe.

CORALIE
(parcourant le bordereau, pleine de joie et d’admiration pour la machine administrative bien huilée)
Non, ce sera jeudi. On aura quatre-vingt-quatre cars qui vont faire la navette jusqu’au soir. Le grand boum, quoi !

JORDAN
Il nous restera à peine une journée pour tout nettoyer. Ça va être une drôle d’organisation, on n’a pas fini d’entendre Lefort râler.
(il finit son gobelet de café, vitupérant soudain)
Et voilà ! Fallait s’en douter ! La vieille folle qui habite au-dessus de la crêperie fait des histoires…

CORALIE
 (Réfléchissant un court temps)
À c’t’âge là, elle serait mieux au cimetière, non ?

JORDAN
Ce sont les retraités qui ont voté en majorité pour le maire. Ils ont leur utilité !

CORALIE
Les vieux ET les commerçants.

JORDAN
Les commerçants, c’est quand même la moindre des choses. On se décarcasse pour eux, tout d’même. Et la plupart n’habitent même pas la ville.

CORALIE
(surprise)
Eh, mais oui, c’est vrai ça ! Ils ne sont pas inscrits sur les listes électorales ici ! Avec tout ça, je crois que le maire a eu raison de faire voter par le conseil un mandat renouvelable par tacite reconduction.

JORDAN
(Éclatant de rire)
C’était pas bête, comme idée ! Comme ça, un élu n’a plus besoin d’électeurs.
(rêveur)
Il est tout de même très intelligent, m’sieur l’maire !

CORALIE
Au moins, il a les coudées franches pour ce type de décision assez impopulaire.

JORDAN
Impopulaire ? Ils ne sont jamais contents, c’est un comble !

CORALIE
Ils devraient être fiers de leur ville, et au lieu de cela, ils marchent vers les cars les yeux dans le vide, ou se cramponnent au chambranle de leur porte ! Dans quel monde vivons-nous ! Tu sais, souvent je me dis qu’on travaille pour des ingrats !

JORDAN
Tu as tout à fait raison. Ce n’est pas en restant dans son appartement qu’on devient la troisième ville touristique de France.

CORALIE
Mais ça, ils ne s’en rendent pas compte.
(criant à travers le vitrage)
Allez, marchez, tas d’ingrats !

JORDAN
Si Lefort t’entendait ? Ah ah ah, il nous a encore dit la semaine dernière : de la dignité avant tout !

CORALIE
On voit bien que ce n’est pas lui qui se tape tout le boulot !

JORDAN
Faudrait s’y mettre, d’ailleurs ! Ils étaient déjà une cinquantaine quand je suis arrivé ce matin.

CORALIE
Allez, on y r’tourne. Oh, regarde la gamine ? Ce n’est pas la fille de la fleuriste de la rue Dullin ?
(éclatant de rire)
Elle a pété les lunettes du type en pyjama…

JORDAN
(laissant passer un temps)
En pyjama ! Ah, parle-moi de dignité ! Alors qu’ils le savent depuis presque un mois ! T’as l’occasion de faire ta valise ET de t’habiller, dans ce laps de temps, quand même.

CORALIE
Laisse tomber, va ! On ne les refera pas !

Ils retournent vers leurs bureaux respectifs, Jordan totalement à gauche, et Coralie près de l’entrée.

JORDAN
Préviens l’accueil qu’on va recevoir les postulants.

 

…/… à suivre

Update

Théâtre, pièce en quatre actes.

images_couv_perso_18156 copie« Update » a été créée le 11 juin 2013 à Paris, au Bouffon Théatre (19e), par la compagnie Cléo & co.

Ils en parlent : LES SOIRÉES DE PARIS

 

Personnages :

–          Gabrielle, quadragénaire, journaliste. Elle se découvre une fascination pour les smartphones et en devient « esclave ».

–          Thomas, compagnon de Gabrielle. Collectionneur, il est passionné d’objets hétéroclites qu’il chine, notamment ceux ayant trait à l’histoire du sport.

–          Carole, journaliste et collègue de Gabrielle. Elle développe la même fascination pour les smartphones, autant par snobisme que par désir d’être « à jour » avec les dernières évolutions. Sa vie sentimentale est exclusivement numérique et les ruptures avec ses amants de tous les coins du monde, fréquentes.

–          Jérôme, informaticien, copain de fac. de Thomas et ancien collègue de travail. Il plaque tout pour se lancer dans l’apiculture sans avoir la moindre notion sur l’élevage des abeilles.

–          Voix électronique. Elle rythme les mises à jour des applications installées sur les divers smartphones de Gabrielle, jusqu’à devenir la voix de la « numérisation » finale de la jeune femme.

Synopsis :

Voici un couple perdu dans la tourmente du monde contemporain.

Gabrielle et Thomas sont-ils asservis par ces objets du quotidien, pensés pour ne durer qu’un temps très limité, miroirs aux alouettes du mercantilisme effréné de notre époque entrainant le tandem dans une course sans fin à la surconsommation.

Du besoin à la dépendance, la frontière est mince, Gabrielle en sait quelque chose. La peur, générée pour des raisons commerciales, de ne plus être totalement en phase avec le Monde est plus prégnante désormais que tout ce que lui était cher. Elle devient, sous les yeux de Thomas, esclave des nombreuses mises à jour, engluée dans la toile tissée par les innombrables applications (et leurs updates) souvent inutiles de son smartphone, qu’elle remplace évidemment dès qu’un nouveau modèle est proposé sur le marché. Elle est inexorablement et artificiellement rendue avide de nouveautés par les alléchantes (et autoritaires) propositions publicitaires.

La ronde est folle, et les amis du couple ne sont pas en reste. Carole, collègue de Gabrielle, est condamnée à n’aimer que par voie numérique tandis que Jérôme, copain de Thomas, choisit la vie fantasmée d’un citadin s’imaginant en improbable apiculteur et migrant à l’autre bout du monde à la recherche d’une reine.


Disponible ici : Update (Amazon Kindle)

 

 

 

Osons….

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texte : « Hors-série »

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exte : « Feu de paille »

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exte : « Pas sage comme des images »

Le miroir sans tain

Elle jouit seule, toujours, devant une glace sans tain.

Qui dit que c’est mal de jouir ? De quel droit une société, quel que soit son degré de malaise, d’anéantissement, d’avancée libertaire, voire de démocratie, juge-t-elle du plaisir que peuvent prendre ou se donner ses membres ?

Seule, toujours ! Elle n’a envie de personne ! Elle jouit seule devant une glace sans tain.

Elle a besoin d’imaginer que des hommes la regardent pour atteindre l’orgasme, des inconnus ! Ah, ce n’est pas tous les jours, son extase n’est pas réglée comme une horloge malgré sa délicatesse et la complexité de ses rouages. Mais savoir que derrière ce reflet, des mâles peuvent à leur tour se branler en fixant son sexe dévoilé, lui permet d’accéder au paroxysme de la jouissance. J’ai fait installer un miroir ouvrant sur sa chambre, sur ses abysses intimes. Alors, telle une Madame Loyale, en uniforme chamarré découvrant des seins opulents qui attirent — je le constate — le regard des chalands dans la rue, elle invite au spectacle de sa nudité, à l’aventure de ses mains explorant chaque secret de son anatomie.

De ses doigts qui parcourent les doux replis de chairs tendres, elle attend les incidences d’une mécanique qui n’est pas toujours infaillible. Elle cambre son corps, offrant à ces regards dissimulés le meilleur angle de ses courbes. Il est tendu et forme une arche de volupté. Le dos est vouté dans une contraction musculaire involontaire, brutale et inattendue tandis que ses reins se creusent et projettent son ventre vers le ciel de lit. Elle sent que ces messieurs bandent en la contemplant ainsi, qu’ils ont la bave aux lèvres, devant les siennes aussi humides et entrouvertes. Et de cette concupiscence ressentie, elle tire la légèreté indispensable à ses orgasmes. Là, elle crie, vitupère, éructe, presque violente, alors que ses phalanges pénètrent et fourragent, tantôt raides, sinon un peu recroquevillées pour toucher la face interne à l’unisson de son clitoris et appuyer sur la rugosité de cette zone si sensible. Elle est secouée de spasmes terribles et jette son bassin en avant dans une danse obscène, lançant sa vulve vers la vitre glacée, cherchant à provoquer encore plus les érections de ses compagnons inconnus. Quand elle jouit une première fois, elle espère qu’ils retiennent leur foutre pour être encore en état de la mater derechef.

Je connais la question que tu te poses.

Si un de ces voyeurs tentait de la toucher, de la caresser, de la prendre pendant une de ces séances d’exhibition, sa jouissance retomberait aussitôt, comme un soufflé sortit maladroitement du four. C’est leur regard qui l’électrise, pas leur vice. Se sentir intouchable lui procure tant de plaisir, cependant que leur phallus érigé n’est qu’une agression dont elle se passe volontiers. Même leur visage tordu par l’envie ne lui fait aucun effet. Alors que les savoir la queue raide et les yeux exorbités derrière ce miroir sans tain, hors de portée, est très excitant. Très excitant et rassurant aussi, elle est protégée, à l’abri dans une forteresse sous leurs œillades, mais loin des pointeaux qu’ils exhibent et qu’ils brandissent, prêt à la pourfendre, à l’ouvrir en partant de son ventre offert et trempé. De ses cuisses sur lesquelles coule l’hydromel de son sexe en fusion, elle n’enserre rien qu’un amant imaginaire. Mais ses mains sont reines, ses doigts vont et viennent de plus en plus profondément, crescendo. Les soupirs qu’elle ne retient pas, les gémissements et les petits cris sont autant de coups de fouet à leur désir de la baiser. Et elle n’est pas à eux. Elle ne le sera jamais. Elle pénètre son anus d’un auriculaire connaisseur, provoquant de nouvelles vagues de félicité qui l’amènent à crier. Elle prend tant de plaisir à se faire jouir seule, sans autre contrainte que son appétit et sa soif d’exhibition. Soif d’amour aussi : elle veut qu’ils l’aiment quand ils éclabousseront la vitre du miroir, son côté obscur. Elle réclame que leur sperme la divinise, qu’il lui fasse une auréole imaginaire alors qu’elle crispe une dernière fois ses cuisses sur le spasme final. En laissant son corps s’affaler sur la couche, elle est parcourue de maints frissons.

Une fois rhabillée, Amélie quitte les lieux par une porte dérobée. Elle rentre fourbue et apaisée chez elle, ignorant le pas rapide de l’homme qui la suit.

Le Cantique de Kantik (extrait)

17792597_ml copieCHARLOTTE
J’ai lu que vous faisiez des initiations à la transdéviation ?
John incarne alors un personnage plus gourou qu’homme

JOHN
Oh, « je fais des initiations » (air quotes) n’est pas l’expression la plus exacte. Je suis plutôt le relais entre vos ondes bêta-prime (prononcer prime à l’anglaise) et celui que j’appelle « Le Visiteur »

CHARLOTTE
Ah oui. Cette partie de votre cours m’a passionné. « Le Visiteur ». Quelle chance ! C’est merveilleux de vous écouter en parler !

JOHN
Ce qui est réellement important ou merveilleux, et je pense que vous avez noté ce passage quand j’expliquais ma rencontre avec « Le Visiteur », c’est de laisser vos Bêta-prime s’évader librement de notre espace euclidien à quatre dimensions vers les transdimensions aléatoires dans lesquelles, seulement (appuyant sur ce mot), sont accessibles les particules quantiques.
Il redevient homme charmeur, laissant un temps son uniforme de gourou devant l’attitude pleine de déférence de Charlotte.

JOHN
Mais pour arriver à cet état de concrétisation de la transdéviation, nous pouvons vous aider, Le Visiteur et moi-même. Je suis uniquement son intercesseur, mais à ce titre, j’ai toute latitude pour vous initier.

CHARLOTTE
(rougissante)
J’en serais ravie.
Il saisit un collier ornant son cou, un médaillon assez grotesque et pseudo-ésotérique

JOHN
Tenez ! Ce médaillon est très précieux. Il me fut légué par le grand sage Marahdji, au Népal, lors d’un de mes voyages initiatiques. Il marquera votre passage du néant vers la lumière, comme un phare dans votre nuit.
Il marque un temps, enfilant la chaîne autour du cou de Charlotte.
Il est unique, comme vous.
Un ange passe. Charlotte sirote son verre, ne sachant trop quoi dire. Kantik la dévore du regard.

JOHN
Quand voudriez-vous commencer ?

CHARLOTTE
Le plus tôt possible.

JOHN
C’est le mieux pour vous.

CHARLOTTE
J’aimerais intégrer tout de suite un de vos cours d’initiation, même au milieu du cursus s’il faut. Je crois que ça me ferait le plus grand bien.

JOHN
(de nouveau gourou, prenant subitement un air profond)
Vous cherchez des réponses, je le sens. C’est très fort dans votre aura. Non, ne dites rien, Le Visiteur me parle de vous… Oui, c’est exactement cela ! Vous êtes en quête d’un mieux-être et il pense être le seul à connaître le Pratchou dans lequel sont…

CHARLOTTE
Pardonnez-moi, qu’est-ce que le Pratchou ?

JOHN
Ah oui, le Pratchou. C’est un paysage mystique de troisième niveau auquel vous serez familiarisée comme je le suis quand vous aurez toutes vos bêta-prime en accord fondamental. Il est exact que je ne me suis pas vraiment étendu sur ce sujet pendant la conférence. Mais, à ma décharge, la Connaissance est tellement vaste… Je ne peux pas aborder son intégralité cosmique autant que je le voudrais. Et certains secrets sont nécessaires à l’équilibre global, notamment pour la dimension quantique du Pratchou. Seuls les initiés ont accès à toutes ces révélations. Mais avant de vous expliquer le Pratchou, vous devez suivre assidûment les cours d’initiation. Et vous verrez, vous saisirez mieux l’étendue de votre pouvoir quand vous serez dans ce niveau supérieur qui donne l’étendue mystique du Pratchou dans sa beauté intrinsèque.

CHARLOTTE
(pleine d’espoir, sous le charme de Kantik, murmurant)
Vous pensez que j’oserais espérer atteindre cette étape ?

JOHN
Vous plaisantez ? Si Le Visiteur a éclairé vos bêta-prime balbultiantes en vous guidant jusqu’à moi, tout espoir vous est permis ! Vous faites partie des 1 % de la population à être éligible pour la transdéviation ? C’est peu, n’est-ce pas ? Mais la Connaissance est réservée à une poignée d’élus.

CHARLOTTE
Ah quel bonheur. Voyez-vous, John… Je peux vous appeler John ?

JOHN
Je suis votre intercesseur, Mademoiselle
(avec un sourire carnassier)
Je peux vous appeler mademoiselle, mademoiselle ?
(redevenant sérieux)
Je préfère que vous m’appeliez professeur, ou éventuellement maître, même si vous n’avez pas encore tout à fait le droit d’employer ce terme dans la phase d’initiation. Je peux faire une exception pour vous, car vous avez été choisie par Le Visiteur. Je m’incline toujours devant ses Volontés.

CHARLOTTE
(énamourée, au comble de la joie, tombant dans les bras de Kantik)
Aaah, Professeur ! Merci ! Quand commençons-nous ?

JOHN
(Se penchant pour l’embrasser, empoignant un sein)
Mais tout de suite mademoiselle. Nous avons déjà commencé, figurez-vous. Vous ne pouvez plus reculer, désormais marquée au fer rouge et enivrant de la Connaissance.
(Il malaxe doucement le sein de Charlotte, son visage contre le sien, susurrant)
Je vous demanderai juste de rédiger un chèque de cinq cents euros pour la première série de cours ! À l’ordre du Professeur John… Non, laissez le destinataire en blanc, je ne veux pas vous contrarier avec ces futilités. Mon secrétaire s’en chargera.


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