10, 11, 12, la Mort est jalouse ! (part 1/10)

jaquette 10, 11, 12, La Mort est jalouse« Plus plaira à Dieu la moie louenge
que sacrefices de torel qu’en
li soloit faire en la viez loi »
(Psautier, f° 81)

1

La Camaro rouge roulait à vive allure sur le ruban noir d’asphalte surchauffé. Jules jouait avec les boutons de l’autoradio afin de remettre pour la dixième fois « Painkiller » qu’il écoutait en boucle depuis son départ de Belfort. Les guitares se succédaient à un rythme diabolique. La voix d’Halford perçait ses tympans. Jules appuya un peu plus sur la pédale d’accélérateur et huma l’air dans l’habitacle. La vieille climatisation était en panne. Le tourbillon de souffle chaud, qui entrait par les fenêtres en balayant la fine poussière accumulée depuis qu’il avait acquis cette merveille de mécanique, vibrait au rythme des membranes des haut-parleurs.
Il sentit une présence près de lui.

Sa vision périphérique ne détectait rien. Il quitta l’autoroute des yeux une poignée de secondes pour se tourner vers le siège passager.
Des voiles flottaient au gré des fluctuations du vent ; ils ne cachaient plus les seins ronds de la jeune femme. Jules ne pouvait pas détacher son regard de la gorge palpitante qui paraissait le narguer.
La Camaro s’engouffra sous l’essieu d’un semi-remorque haletant qui peinait à gravir la pente du Ballon d’Alsace. Les roues arrière du camion se soulevèrent. Le parallélépipède d’acier se tordit dans un bruit assourdissant et déversa son chargement dans le fossé. Le chauffeur tenta une embardée pour retrouver un semblant d’équilibre. Il remarqua alors qu’une pointe rouge sang déborda de sa calandre et continua seule sa course folle. Il tendit machinalement le bras à sa droite quand la cabine chut.

Les secours arrivèrent sur place rapidement.
Le routier, toujours choqué, jura aux enquêteurs qu’il avait clairement vu « comme je vous vois » des voiles mauves s’envoler vers le ciel. L’alcootest s’avéra négatif.
Jules, d’après les experts, n’avait sans doute pas souffert. Sa tête, qui fut découverte à une cinquantaine de mètres du lieu de l’impact, en témoignait.
Le visage, illuminé par un sourire attendri, était formidablement apaisé.

2

– « Tranquillise-toi, Nora. Tu ne risques plus rien, tu es en sécurité ici »
L’être nimbé de lumière qui s’était présenté comme sœur Angéline caressait avec délicatesse les cheveux de la jeune femme, tout en murmurant des mots de réconfort, la nommant tour à tour « transfuge divin », « lait de cicatrisation » ou « baume céleste ». Nora se laissait câliner, appréciant la tendresse de sa partenaire sans plus chercher à savoir qui était et d’où venait cette magnifique personne au sourire lénitif. Ses derniers souvenirs rougissaient sa mémoire par la violence qu’ils racontaient, sans autre précision que la douleur irradiant son corps entier. Elle les chassa et se promit néanmoins d’étudier plus tard l’origine de cette souffrance.
Plus tard.

Elle accepta que celle qu’elle imaginait mal en religieuse l’enlaçât. Angéline colla ses courbes contre les siennes et plaqua des seins menus aux pointes érigées contre sa poitrine d’ordinaire habituée à être écrasée par la musculature vigoureuse de ses amants qu’elle sélectionnait en tant qu’étalons. La brute épaisse l’échauffait terriblement depuis son plus jeune âge. Ses premiers émois avaient été ressentis devant de médiocres productions cinématographiques italiennes qui montraient des gladiateurs à la carcasse huileuse. La quarantaine venue, elle avait gardé ce goût qu’elle n’avait jamais osé confier à personne, et souvent, elle visionnait quelques scènes de péplum en se caressant ; elle se figurait que des cuisses puissantes étreignaient sa taille tandis qu’un rondin massif la forçait sans ménagement. Nora appréciait la virilité des pauvres d’esprit incapables de dire trois mots ayant un sens. Le primate hébété qui découvrait sa croupe offerte et ne savait qu’ânonner d’inaudibles borborygmes, quand tant d’autres exalteraient inutilement sa beauté en des vers surannés, l’excitait au plus haut point. Elle se donnait alors avec un acharnement destructeur. Elle frappait, mordait, griffait la bête qui la besognait en grognant de douleur. Elle hurlait sa force de femelle volontiers dominante et écrasait ainsi sous le talon de sa jouissance victorieuse tous les hommes qui l’avaient souillée de leur semence peccamineuse.

À l’opposé de cette indécence brutale, les mains de sœur Angéline n’étaient que délicatesse. Nora savoura les baisers voluptueux entre ses seins. Elle huma l’exquis parfum des cheveux coupés court tandis que la « religieuse » dessinait des motifs complexes dans son dos tout en grignotant avec une incroyable douceur son téton droit qui se redressa. Elle apprécia particulièrement sa langue qui décrivait longuement de multiples arabesques entre son buste et son pubis, puis faisait relâche alanguie sur le renflement du mamelon juste sous l’aisselle ; il descendit ensuite au niveau de la taille et la cerna d’embrassements subtils. L’impulsivité de Nora était vaincue par la maîtrise du corps féminin que possédait Angéline. Le jeu dura des heures, lui sembla-t-il. Un tourtereau mal dégrossi l’aurait déjà saillie et la ferait gémir sous les coups de boutoir martelant son bassin en rut, mais la patience de son amante fut récompensée par un jaillissement qu’elle ne se connaissait pas. Elle déchargea, en même temps qu’elle se mordait les lèvres pour étouffer un petit cri de surprise, bien avant qu’Angéline eût décapuchonné son clitoris. Nora pensa « Enfin ! » et sourit intérieurement, conquise par la volupté saphique. Les formes graciles de sa princesse étaient certes aux antipodes des charnures sculptées et titanesques qui la ravissaient d’ordinaire, pourtant la sensualité et la douceur faisaient merveille là où les forces brutales imposaient leur diktat. Les caresses progressaient toujours, nullement effarouchées par les soupirs qui les accompagnaient. La bouche s’égara dans une forêt de légères broussailles, une toison de poils courts qui envahissaient le mont de Vénus, le bien nommé ce jour.
Vénus ! Nora la sollicitait, ayant perdu tous repères.

La langue d’Angéline gravissait délicatement le renflement graisseux qui habillait la protubérance osseuse, puis en luge impudique, elle dévalait la pente jusqu’à la jonction des grandes lèvres, écartant l’ultime rempart. Celles-ci dévoilaient les replis secrets des nymphes, et ondulaient, quasi vaporeuses, sous la brise éthérée qu’exhalait la « religieuse ». Alors que Nora tendait vers l’avant son bassin pour accélérer la dégustation de son intimité, Angéline se recula un peu de manière à fermer les cuisses de la jeune femme, et cela, presque contre la volonté de leur propriétaire. Celle-ci ne connaissait du gamahuchage que l’angle plat (ou pour ainsi dire) ouvrant son bas-ventre aux curieux, s’ils existaient. La pratique habituelle sollicitait des doigts, quelquefois ceux de ses partenaires, le plus souvent les siens. La brute a ses limites, convenait-elle — c’était le prix à payer —, notamment dans le domaine de la conversation en compagnie de « ceux qui ne se passionne que pour les produits dopants usités en salle de musculation ». Les relations étaient donc trop brèves pour s’ingénier à apprivoiser ces rustauds ithyphalliques, ce qui condamnait à l’échec toutes tentatives d’apprentissage.

Son bréviaire, d’ordinaire si brutalement effeuillé, fut dans la circonstance exploré à l’anglaise, jambes jointes et fléchies, par un ange de délicatesse. Plus d’accès possibles par le pénil, mais la douce maîtresse contourna l’obstacle des globes fessiers et suivit le sillon qui conduisait à la fourchette, humectant au passage l’anneau fripé. Elle ignora de la sorte le clitoris de Nora, qui pourtant, se rengorgeait jusqu’à oser une timide sortie hors de sa petite grotte. Angéline ancra son pubis contre les omoplates de sa partenaire et tenait fermement le ventre de celle-ci. Elle immobilisait ainsi le bassin, et facilitait le cheminement de sa langue disposée en cap dans la vallée. Chaque relief fut arpenté, méthodiquement, savamment, et elle atteignit la charnière de l’éventail ouvert. Là, dans un rythme plus soutenu, elle commença un va-et-vient entre les bords curvilignes du puits convoité. Les nymphes se firent soierie délicieuse tandis qu’Angéline plaquait ses lèvres plus hermétiquement afin de boire la jouissance de Nora et d’aller plus avant de sa pointe linguale. Approchant un peu plus encore son visage de la fente, elle frôla à maintes reprises des cils la capeline du bouton qui en jaillit pour profiter pleinement, lui aussi, de la caresse. Nora n’avait désormais pas plus de vocabulaire que les primates qui la possédaient de coutume. Elle cria tout de même une insulte incroyablement vulgaire à l’encontre de sa conquérante lorsqu’elle sentit l’index et le majeur de celle-ci lui percer le cul.
Puis elle sombra dans une forme de coma extatique qui dura quelques minutes.

Quand elle reprit ses esprits, Angéline avait changé de position. Le souffle était sur sa nuque et la douceur de la bise avait fait place à la brûlure du sirocco. Mais la surprise procéda de ce paquet palpitant qui l’emplissait complètement et très profondément. Ses fesses, propulsées en arrière, accueillaient en leur sein un membre très déconcertant qu’elle ne pensait pas compter dans l’inventaire des aptitudes de la « religieuse » ; il n’y avait rien de traditionnellement saphique dans les mouvements mesurés d’Angéline alors qu’elle faisait aller et venir son étonnant phallus en son amante, tout en glissant ses paumes sur l’intérieur de ses cuisses.
Nora sentait les veines gorgées de sang battre à l’unisson contre le voile fin qui recouvrait les terminaisons nerveuses de ses entrailles ; si le pieu n’était pas de chair, il était incroyablement bien imité. Comme elle succombait à un nouvel orgasme montant à la façon d’un tsunami ravageur du plus profond d’elle-même, elle choisit de ne pas se préoccuper pour le moment de ce détail. La sœur caressait toujours le haut de ses jambes et grimpait par instant de manière à exciter avec délicatesse le sillon interlabial en l’effleurant, puis une main se saisit comme d’un manche de son clitoris qui avait lui aussi démesurément grossi.

Angéline branlait maintenant Nora au comble de l’extase ; elle englobait dans le geste ample les lèvres devenues testicules. Les belles éjaculèrent de concert, sans d’autres sons que le bruissement des draps saccagés par les spasmes dont étaient secoués leurs corps.
Tout en recouvrant un peu de calme, Nora se pencha pour observer ce bouton qui avait tant grandi. Une queue, qui se muait en limaçon après son exploit, le remplaçait. Elle reprenait petit à petit sa place, jusqu’à disparaître dans les plis de sa vulve désenflée. Elle percevait, dans le même temps, la reptation inverse de celle d’Angéline dans son anus. Cela confirma qu’elle avait vécu quelque chose d’étrange. Elle ne s’était jamais vraiment abandonnée à des fantasmes sur les amours entre filles, mais était tout de même sûre qu’il fallait un apport extérieur pour qu’elles pussent se remplir quand elles le désiraient. La métamorphose de la minuscule capsule en énorme vit n’était jamais ni décrite ni mentionnée dans aucun des livres qu’elle avait parcourus. Le souffle régulier de sa compagne la dissuada de l’interroger à ce sujet.
Elle s’allongea contre son amante assoupie, perdue dans ces pensées. Le sommeil la terrassa à son tour.